Crans-Montana: une rencontre rare entre les gérants du bar et une mère de victimes
Crans-Montana: rencontre rare entre gérants et mère de victimes

Une rencontre exceptionnelle en marge de l'audition

Ce mercredi 11 février, une scène inhabituelle s'est déroulée à Sion, dans le canton suisse du Valais. Leila Micheloud, dont les deux filles ont été grièvement brûlées lors de l'incendie du bar Le Constellation à Crans-Montana, a rencontré en privé Jacques et Jessica Moretti, le couple de Français propriétaires de l'établissement. Cette rencontre s'est produite en marge de l'audition de Jacques Moretti par les avocats des parties civiles.

Un moment d'humanité dans la tragédie

Me Sébastien Fanti, l'avocat de Leila Micheloud, a qualifié cet échange d'une vingtaine de minutes d'"instant extrêmement intense et humainement rare". Il a précisé: "Il y aura un temps pour dire qui est responsable de quoi, mais il y a aussi un temps d'humanité à avoir, en pensée avec toutes les victimes, avec tous les blessés."

Me Yaël Hayat, qui représente les époux Moretti, a partagé cette analyse, décrivant la rencontre comme un "instant rare" qui "va peut-être être un moment d'apaisement dans une souffrance partagée". Leur autre avocat, Me Nicola Meier, a assuré que si d'autres proches de victimes ressentaient le même besoin, les Moretti seraient également disponibles pour les rencontrer.

Le contexte judiciaire tendu

Cette rencontre émotionnelle survient dans un contexte judiciaire particulièrement tendu. Jacques et Jessica Moretti font l'objet d'une enquête pénale pour "homicide par négligence, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence" après le drame survenu dans la nuit du Nouvel An, qui a coûté la vie à 41 personnes et fait 115 blessés, principalement des adolescents et de jeunes adultes français et italiens.

Jacques Moretti, qui avait été placé en détention provisoire le 9 janvier puis libéré le 23 janvier après le paiement d'une caution, a été auditionné toute la journée de mercredi. À l'issue de cette longue journée, il a refusé de répondre aux questions des journalistes, se contentant de déclarer: "On veut rentrer chez nous", avant d'ajouter: "on fera une intervention", sans plus de précisions. Son épouse Jessica doit quant à elle être auditionnée ce jeudi.

Des auditions critiquées par les avocats des victimes

Plusieurs avocats des parties civiles ont exprimé leur frustration concernant le déroulement des auditions. Me Christophe de Galembert, qui représente plusieurs familles, a dénoncé "l'inertie des auditions", estimant qu'il aurait été préférable que chaque prévenu soit entendu plusieurs jours d'affilée.

Me Romain Jordan, également avocat de familles de victimes, a été plus sévère, affirmant que Jacques Moretti avait eu "une attitude un peu fuyante, jouant un peu au boomerang de la responsabilité". Il a également souligné son "arrogance à l'égard des parties plaignantes" alors que ces dernières ont besoin "d'explications et de vérité".

Les investigations se poursuivent

Selon les éléments de l'enquête, l'incendie aurait été provoqué par les étincelles de bougies "fontaine" qui ont enflammé une mousse insonorisante au plafond du sous-sol de l'établissement. Les investigations doivent encore préciser:

  • Les circonstances exactes de l'incendie
  • Le respect des normes de sécurité par les propriétaires
  • L'étendue des responsabilités de chacun

La commune de Crans-Montana a déjà reconnu l'absence de contrôles incendie dans le bar depuis 2019, alors que ces contrôles doivent être effectués annuellement. L'enquête vise également l'actuel responsable du service de sécurité de Crans-Montana et son prédécesseur, qui a quitté son poste en 2024. Ces deux personnes ont déjà été entendues début février et doivent être à nouveau auditionnées ultérieurement.

Les avocats réclament l'élargissement de l'enquête

Plusieurs avocats des familles ont réclamé mercredi devant la presse que les autorités soient visées par la procédure. Pour Me Alain Viscolo, qui représente plusieurs familles, la procédure doit faire "un virage à 180 degrés" et se diriger "vers les autorités politiques, ceux qui avaient en main toutes les décisions en matière de protection incendie".

Me Fanti a renchéri: "On va voir du côté des autorités qui va venir rejoindre les prévenus. On est loin de tout savoir". Ces déclarations soulignent la défiance croissante des familles de victimes face à la justice suisse, qu'elles jugent parfois trop lente et insuffisamment déterminée à établir l'ensemble des responsabilités dans cette tragédie.