Le concours d'accès au troisième cycle de médecine est ébranlé par des accusations de fraude massive. Une lettre anonyme, diffusée samedi par un étudiant se présentant sous le nom « E* », dénonce une triche organisée lors des Examens Cliniques Objectifs Structurés (Ecos). Les faits concernent les 10.000 à 10.500 nouveaux internes qui doivent intégrer les hôpitaux en novembre.
Une mécanique de concours ultra-sélective remise en cause
La note finale de ce concours se compose de trois parties : 60 % pour les écrits (l'EDN, passé en octobre), 10 % pour les points de parcours et 30 % pour les Ecos. Ces oraux nationaux, instaurés pour évaluer la pratique à travers dix situations de simulation face à des jurys et des « patients standardisés » (des comédiens formés), étaient censés garantir l'équité.
Selon le « lanceur d'alerte », qui affirme faire partie des bénéficiaires de la fraude, « les Ecos de cette année viennent d'être un fiasco voire un scandale national passé sous silence ». Il décrit l'existence d'un « groupe Telegram éphémère » où gravitent « étudiants, profs, personnels techniques ». Les sujets et les grilles d'évaluation officielles, pourtant confidentiels, y auraient été diffusés gratuitement. Le document, que 20 Minutes a pu lire, accuse : « il s'agit bien d'une triche organisée où plusieurs facs participent, des examinateurs, des étudiants, des organisateurs ».
L'auteur affirme avoir pris la parole non par dépit, son propre classement « exceptionnel » lui assurant la spécialité et la ville de son choix, mais face au désespoir de ses camarades : « Si moi j'ai réussi, d'autres n'ont pas eu cette chance, dont mes amis. Et c'est au moment où ils me parlent de suicide que je ne peux m'empêcher de vous contacter ».
Des écarts de classement inédits et une colère étudiante
Sur les réseaux sociaux, les réactions sont explosives. Alors que les variations habituelles dépassent rarement 1.000 à 2.000 places entre les écrits et les oraux, des bonds inédits de 4.000, 5.000, voire 6.000 places ont été constatés. « On parle de personnes qui sont arrivées dans le top 500 aux écrits et ont chuté dans les 6.000 aux oraux ! C'est un retournement de situation à la Netflix », s'indigne Célia, étudiante en médecine. « Il y avait des facs qui se tapaient des 20/20 à ces oraux sur des sujets d'oncogénétique hyper durs. Ne pas bégayer et avoir 20/20 sans connaître la grille, c'est impossible ».
Le médecin et créateur de contenu Médecinmuscle a également réagi : « Des gens se suicident parce que c'est dur. Et vous, vous donnez des sujets à des gens qui ne le méritent pas parce que ça fait partie de votre cercle. Vous avez réellement du sang sur les mains », lance-t-il aux enseignants accusés d'avoir fait fuiter les épreuves.
Marine*, étudiante en sixième année à Lyon, confie à 20 Minutes : « C'est totalement abusé, injuste et dégueulasse. Je suis vraiment révoltée ! Depuis samedi, c'est la chasse aux sorcières. Avec mes amis, on essaie de chercher qui était dans le groupe Telegram. On bosse comme des cons, on met de côté toute notre vie pour ces concours et en parallèle, il y a des étudiants privilégiés qui trichent sans aucune conséquence. Ils ont pas honte, sérieux ? »
Cette amertume n'est pas nouvelle : sous couvert d'anonymat, un médecin formé dans les années 1980 rappelle que déjà, à son époque, « il se disait qu'il y avait des conférences privées pour les enfants des “patrons” ».
Le CNG dément, l'ANEMF exige des investigations
Le Centre national de gestion (CNG), organisateur des épreuves, a catégoriquement démenti lundi tout soupçon de fraude, s'appuyant sur des analyses statistiques pour juger ces accusations « moins probables ». Cependant, l'Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF), par la voix de son président Thibault Patey, estime qu'« au vu des éléments publiés, on prend ça au sérieux ». Tout en concédant qu'il n'y a « aucun moyen de prouver la véracité de cette lettre » à ce stade, le syndicat étudiant exige des investigations complémentaires.
Du côté des médecins potentiellement concernés par ce supposé canal Telegram, l'Ordre rappelle auprès de 20 Minutes ne pas disposer de « capacité d'enquête », précisant se référer aux ministères de la Santé et de l'Enseignement supérieur. Si la triche est avérée après enquête et que des PU-PH (professeurs des universités - praticiens hospitaliers) sont impliqués, il y aurait potentiellement des sanctions, indique l'institution.
L'enquête devra déterminer la réalité des faits. En attendant, la communauté étudiante reste sous le choc, et les accusations de fraude pourraient avoir des conséquences sur la crédibilité du concours et le moral des futurs internes.



