Un homme de 34 ans, aux cheveux longs, spécialiste des jeux vidéo et community manager, a été remis en liberté lundi par la chambre de l'instruction de Paris. Il était incarcéré depuis le 12 décembre dernier pour son implication dans un vaste réseau de trafic de stupéfiants opérant sur le Dark Web. Confirmant l'ordonnance de la juge d'instruction, la cour a ordonné sa libération sous conditions.
« Je respecterai toutes mes obligations, l'épée de la justice fait très peur », a déclaré le prévenu, soulagé, en quittant la salle d'audience avec son avocat. Mis en examen pour « importation, trafic de stupéfiants, association de malfaiteurs et blanchiment », il avait passé plusieurs mois en détention provisoire.
Un réseau florissant sur le Dark Web
En 2025, les gendarmes de l'Unité nationale Cyber (UNCyber) ont repéré un profil très actif en ligne proposant à la vente de la cocaïne et du cannabis en grandes quantités. Les transactions se faisaient sur le Dark Web, via l'application cryptée Telegram et un canal discret appelé « Session ». Les paiements s'effectuaient en cryptomonnaie, et la drogue était livrée à domicile par colis.
Les enquêteurs ont identifié plusieurs suspects : le chef, des lieutenants, des livreurs et des blanchisseurs. Le réseau opérait depuis La Réunion et Paris vers les départements de l'Essonne et de la Seine-et-Marne, avec l'aide de conseillers en blanchiment basés dans le Cher. Selon les militaires, 30 000 ventes ont été conclues en août 2024, et le chiffre d'affaires total sur cinq ans est estimé à plus de 3,2 millions d'euros.
Des saisies importantes
Depuis décembre 2025, treize personnes ont été interpellées en Île-de-France, en Bretagne, dans le Centre-Val de Loire et à La Réunion. Les saisies comprennent 5,2 kg de résine de cannabis, 12 kg d'herbe, 190 g de cocaïne, du matériel de conditionnement, 20 250 euros en espèces et 578 674 euros en cryptomonnaie. « La valeur marchande des produits stupéfiants saisis s'élève à 220 000 euros », précise la gendarmerie. Deux véhicules, 23 ordinateurs et 54 téléphones ont également été confisqués.
Le rôle du community manager
Le prévenu, âgé de 34 ans, a été arrêté à son domicile parisien, décrit comme très sale et encombré d'objets. Les enquêteurs y ont trouvé 30 000 euros en cryptomonnaie, 6 000 euros en cash, des cartes bancaires, des ordinateurs et des téléphones. Lors de ses auditions, il a avoué avoir été recruté par un certain Kamelito, d'origine franco-colombienne.
Titulaire d'un master en game design, le trentenaire ne parvenait pas à trouver un emploi. Au RSA en septembre 2023, il a accepté de travailler pour le réseau, gagnant environ 3 000 euros par mois pendant vingt mois. Ses tâches comprenaient la gestion des annonces, la publicité et surtout le service après-vente. « En clair, il contactait les clients pour savoir s'ils étaient contents de leurs produits et de leur livreur », a précisé le juge rapporteur.
Des circonstances atténuantes
L'avocat général a requis la liberté, estimant que « cette décision est parfaitement motivée et le risque qu'il recommence est très faible dans la mesure où il n'a aucun antécédent judiciaire ». L'avocat du mis en cause, Stanislas Lemann, a plaidé que son client avait aidé à la manifestation de la vérité et que son passage à l'acte avait été facilité par des problèmes financiers et une dépression. « Aujourd'hui, il est retourné vivre chez sa mère et s'inscrit dans un parcours de soins psychiatrique, notamment pour venir à bout de son syndrome de Diogène. Il va aussi changer d'orientation professionnelle et se tourner vers un secteur plus prometteur que les jeux vidéo », a-t-il déclaré.



