À Saint-Tropez, la bravade ne serait pas complète sans le fameux chichi, ce beignet frit et sucré qui fait le bonheur des petits et des grands. Depuis près de cent ans, la famille de Christelle Taxi-Passa prépare cette gourmandise lors de la fête foraine. « Vous êtes encore là, je suis sauvée ! Mes petites-filles pensaient avoir raté le dernier jour... Dites-moi qu’il en reste encore quelques-uns s’il vous plaît », souffle Marie, soulagée de voir la roulotte. « Ne vous inquiétez pas, tant que la roulotte est là, il y en a toujours », la rassure Christelle Taxi-Passa.
Un rendez-vous incontournable
La gérante de la caravane Taxi-Passa connaît par cœur les commandes de ses fidèles clients, qu’elle surnomme « la secte des chichis ». « On est tous là pour en manger un et on prend plaisir à l’offrir à nos amis ! », s’exclame Alice, patiente dans la file. Josette, venue avec ses petits-enfants, plaisante : « Heureusement qu’on le déguste seulement cinq jours dans l’année. Après, ils restent 360 jours pour faire le régime ! »
Un savoir-faire familial
Christelle Taxi-Passa perpétue la tradition familiale avec passion. « C’est un bonheur de retrouver mes clients tous les ans. À Saint-Tropez, 90 % de mes commandes sont des chichis », confie-t-elle, les mains dans la pâte. Elle raconte avoir quitté l’école à 13 ans pour rejoindre son père et n’a jamais cessé de travailler, même pendant ses grossesses. « Le 14 j’étais en cuisine et le 15 à la maternité ! »
Une histoire qui remonte à 1921
Avant elle, ses parents, grands-parents et arrière-grands-parents confectionnaient déjà cette gourmandise lors des célébrations. « C’est une fierté de perpétuer ce savoir-faire avec mes enfants, qui représentent la cinquième génération. Mon fils aîné a même ouvert sa propre roulotte il y a un mois. La relève est déjà en route », explique Christelle. Frédéric, habitué de la première heure, témoigne : « On vous a toujours connu ! Je venais déjà à l’époque de vos grands-parents, Henriette et Victor. »
Les liens entre la patronne et les habitants dépassent la simple relation commerciale. « Après la procession du 17 mai, j’ai reçu 8 bouquets bénis. Cela me touche particulièrement car ma fille est née ici et mes arrière-grands-parents sont enterrés au cimetière marin », confie-t-elle, émue.
Une recette secrète et bien gardée
Le succès du chichi de la famille Taxi-Passa repose sur une recette jalousement protégée. « C’est un secret de famille. À l’époque, un investisseur québécois avait proposé une fortune à mon grand-père, qui a catégoriquement refusé », se souvient Christelle. Elle livre tout de même quelques conseils : pour une pâte onctueuse, quatre pétrissages à la main sont nécessaires, suivis d’un repos d’au moins vingt minutes. La cuisson se fait à l’œil, jusqu’à ce que les beignets soient bien dorés. Enfin, ils sont plongés dans une bassine de sucre avant dégustation. « Au plus c’est gras, au plus c’est bon », résume-t-elle avec le sourire.
Les amateurs de chichis pourront également les retrouver lors de la fête de la bière de Gassin, les 5 et 6 juin prochains.



