Procès de Nice : la colère explosive des enfants de Lisa Toupenet contre leur père accusé d'assassinat
Ce mardi à Nice, le procès d'assises de l'affaire Lisa Toupenet a été marqué par un moment de tension extrême, lorsque Inès, la fille de la victime, a laissé éclater sa colère contre son propre père, Khalid El Haddad, accusé d'assassinat. Jusqu'alors, les quatre enfants de Lisa avaient témoigné avec une dignité remarquable, décrivant l'enfer de l'emprise et de la violence subie au sein du foyer familial.
Un cri de rage incontrôlable
Longtemps, Inès a contenu une colère sourde mais palpable, distillée dans un réquisitoire accablant contre son père. Soudain, cette colère a débordé en un cri de rage déchirant. « C'est pas normal de mourir à cause d'une merde comme ça ! », a-t-elle explosé à la barre, avant de se ruer vers le box des accusés. Elle a jeté son carnet de notes au visage de son père, ses avocats n'ayant que le temps d'esquiver, la vitre de protection s'interposant. « Je te déteste ! Crève ! », a hurlé Inès, tandis que son avocate, Rozenna Gorlier, la raccompagnait. Le président Ludovic Leclerc a immédiatement suspendu l'audience à 17 h 40, laissant tous les témoins, même les habitués, le souffle coupé.
Des années de peur et de violence
Cet incident illustre la violence des sentiments qui assaillent Inès et ses trois frères depuis le funeste 1er janvier 2022, date à laquelle leur mère, Lisa Toupenet, âgée de 45 ans, a été étranglée par son ex-compagnon. Khalid El Haddad, aujourd'hui âgé de 65 ans, est accusé d'assassinat, tandis que son coaccusé, Ayoub Belboukhari, est poursuivi pour complicité.
Tout l'après-midi, les enfants de la victime se sont efforcés de rester dignes et de réprimer leurs larmes. Kevin, 28 ans, qui n'est pas le fils biologique de Khalid El Haddad mais le considérait comme son père, a décrit une dualité troublante : « Il y avait le Khalid de dehors, et celui de la maison. » À la maison, « c'était autre chose... Il nous frappait. Il avait toujours une bonne raison de nous frapper. » Lisa, leur mère « bienveillante envers ses enfants » et qui « a toujours voulu le bien pour nous », s'interposait souvent en criant : « Arrête, c'est trop, tu vas les tuer ! » Mais elle était elle-même terrorisée par cet homme violent, qui menaçait de la tuer, de tuer ses enfants puis de se supprimer. « Nous étions toujours sous l'emprise de la peur », a résumé Kevin.
Des sévices atroces et un refuge impossible
Rayhan, 21 ans, le fils cadet issu de l'union de Lisa et Khalid, a énuméré les sévices endurés, notamment des coups de ceinture « avec des piques en métal » infligés après une douche glacée. « À chaque fois qu'il nous frappait, il nous disait : 'Estimez-vous heureux, je leur ai fait bien pire qu'à vous...' » Les trois premiers enfants de Khalid El Haddad ont, quant à eux, nié avoir été battus, créant une distance palpable entre les deux fratries dans la salle d'audience.
Anthony, le jumeau de Kevin, a souligné l'impuissance de leur mère : « Depuis plusieurs années, elle voulait se séparer de lui. Mais c'était inenvisageable. » Rayhan a ajouté que son seul refuge était de « prendre des médicaments, faire des tentatives de suicide et repartir en clinique dix jours ». En conclusion, la voix de Rayhan a vacillé : « On veut que justice soit faite. On n'a plus de mère. On n'a plus de vie. J'ai été orphelin à l'âge de 17 ans. » Pour la première fois, des larmes ont coulé sur les bancs des parties civiles.
La rage et l'espoir persistant
Inès, de retour à la barre, s'est excusée de s'être emportée, expliquant : « On avait juste trop de rage en nous. Je vois mes frères souffrir aujourd'hui, alors ça sort. » Elle a décrit le vertige d'une fratrie livrée à elle-même « du jour au lendemain », même si les cagnottes et le soutien de la Ville de Nice les ont aidés à tenir. Dans un souffle, elle a ajouté : « Au fond de moi, j'ai toujours l'espoir qu'un jour elle revienne... »
Ce témoignage déchirant met en lumière les conséquences dévastatrices de la violence domestique, laissant une famille brisée et en quête de justice, dans un procès qui continue de secouer la ville de Nice.



