La Maison des Artistes Cagnois (MDAC), institution culturelle de Cagnes-sur-Mer fondée en 1954, va disparaître. La nouvelle municipalité dirigée par Bryan Masson (Rassemblement national) a décidé de ne pas renouveler le bail du collectif, qui doit quitter les lieux début octobre 2026. Le bâtiment municipal, situé dans le Haut-de-Cagnes, sera transformé pour accueillir la boutique et la réserve du château-musée Grimaldi, ainsi qu'un ascenseur et une nouvelle entrée visiteurs.
Un bail non renouvelé et un départ exigé début octobre
Dans un courrier daté du 20 juillet 2026, resté confidentiel jusqu'à présent, la mairie a signifié au collectif MDAC et à sa trentaine d'adhérents que leur bail ne serait pas reconduit. Les artistes, qui occupent la maison depuis 17 ans, doivent partir début octobre. Le local, mis à disposition des créateurs depuis 1954, est promis à une métamorphose radicale. Les travaux ne sont pas attendus avant 2028.
L'adjointe au maire déléguée à la Culture, Caroline D'Amat, justifie ce changement d'usage : « C'est la seule partie du bâti qui n'est pas classée, qu'on peut faire évoluer rapidement pour répondre à deux grosses priorités : d'une part l'inaccessibilité au public à mobilité réduite, d'autre part les conditions de conservation des œuvres. Ça me rend malade de les voir se dégrader parce que nous n'avons pas de réserves dignes de ce nom », développe-t-elle.
Un art jugé « trop conceptuel, trop pointu »
Interrogée sur le départ anticipé des artistes, alors que le chantier n'est pas imminent, l'élue invoque la fin du bail et la question de l'exclusivité : « Le bail arrivait à son terme et il faut du renouvellement. Il y avait une vraie interrogation sur l'exclusivité de cette association. Ça empêchait d'autres artistes de pouvoir exposer », estime-t-elle. Pourtant, le collectif se présente comme ouvert à tous, mêlant noms reconnus et talents émergents, professionnels et amateurs.
Caroline D'Amat, experte en art moderne et impressionnisme, ne cache pas ses réserves sur la programmation du collectif : « J'aimerais visibiliser des artistes qui ont plus de liens ou d'inspiration avec des grands maîtres de la région, comme Matisse, Léger, Cocteau. J'ai déjà quelques noms en tête », rebondit-elle. Pour elle, le collectif était « trop conceptuel, trop pointu. Leur dernière expo s'appelle Cru, cuit, miam… Je le dis dans l'ordre ? Les gens sont perplexes, perdus », assure-t-elle.
La présidente du collectif défend un « art joyeux, partagé, multigénérationnel »
Anne Séchet, présidente de la MDAC et professeure à la villa Arson, rejette ces critiques. Elle dépeint un collectif ouvert, où les artistes présentent leur œuvre au public, coconstruisent des expositions et initient aux techniques de réalisation. « L'inverse d'un entre-soi », résume celle qui promeut « l'art joyeux, partagé, multigénérationnel ». Elle refuse d'entrer dans la polémique, estimant que « ça ne sert à rien d'être en force ».
Les adieux se feront lors d'un week-end convivial les 26 et 27 septembre, de 15 heures à 22 heures. Ce sera l'occasion de visiter gratuitement l'exposition en cours, qui doit s'achever le 4 octobre. « S'il y a du monde, ça voudra dire quelque chose », glisse l'artiste. Après la date butoir, le collectif continuera « en nomade ». Ses événements annuels, comme La Parade des Artistes, ou saisonniers, comme Les Veillées Poétiques, se poursuivront « ailleurs ». S'appuyant sur le réseau d'art contemporain Botox(s), la MDAC espère rebondir dans d'autres ateliers, probablement hors de Cagnes-sur-Mer. Les derniers artistes partiront d'ici deux ans.
Tollé chez les artistes et les élus
La disparition du lieu et le départ des artistes suscitent un tollé chez les acteurs culturels et les élus. « On perd un lieu unique dans le paysage de l'art contemporain sur la Côte d'Azur », résume une adhérente du collectif, qui souhaite rester anonyme. « Ce n'était pas juste un lieu d'exposition » mais « un laboratoire d'idées, une pépinière de jeunes talents », ajoute-t-elle.
« L'atelier était à la fois tourné vers le territoire et l'international. Mais la mairie est dépassée par ce que l'on fait. Ils trouvent ça trop intello et préfèrent l'événementiel à la culture », riposte une consœur. Une troisième assène : « C'est une censure de l'extrême droite. »
La CGT Spectacle 06 dénonce dans un communiqué une « mise au pas culturelle » visant à faire « disparaître un lieu libre, indépendant, collectif et profondément ancré dans la vie artistique locale ». Le syndicat appelle à la mobilisation « contre la confiscation de la culture par l'extrême droite ».
L'opposant (PCF) Cédric Garoyan « tombe des nues » : « On n'en a pas discuté en conseil municipal. » Il interroge : « Quelle place pour la création contemporaine, les artistes émergents, les formes expérimentales, l'art qui ne se contente pas d'être décoratif ou consensuel ? » Philippe Touzeau-Menoni (divers centre) conclut : « Quand on veut se débarrasser de son chien, on dit qu'il a la rage. »



