L'agence brésilienne de protection des données (ANPD) a ordonné, mercredi, la suspension sous trois jours des transmissions en direct sur Discord, après le suicide d'une adolescente de 13 ans qui aurait été incitée à se donner la mort sur cette plateforme. Cette décision fait suite à des « preuves solides que l'entreprise n'a pas adopté de mesures raisonnables » de prévention, selon l'agence.
Une affaire qui a secoué le pays
La mort de la jeune fille, survenue en juillet dans le centre-ouest du Brésil, a eu un grand retentissement dans ce pays ultra-connecté. Rosangela « Janja » da Silva, l'épouse du président Luiz Inacio Lula da Silva, avait réclamé le blocage de Discord la semaine dernière. Le 6 août, la Première dame avait demandé d'« agir avec le pouvoir judiciaire pour retirer ce réseau horrible d'Internet ».
Dans son ordonnance, l'ANPD a détaillé que « la plateforme a été utilisée de manière récurrente comme un environnement propice à la pratique de graves violations à l'encontre d'enfants et d'adolescents, dans des épisodes où les directs ont été régulièrement employés pour des pratiques de violence, de harcèlement, d'incitation à l'automutilation et au suicide ».
Des arrestations et un « film d'horreur »
La semaine dernière, la police a arrêté dans plusieurs États brésiliens cinq adolescents soupçonnés d'être en lien avec le suicide de la jeune fille. Selon les enquêteurs, elle aurait été incitée à se mutiler et à se suicider lors d'une transmission en direct sur Discord. Lors d'une conférence de presse, le commissaire Alessandro Barreto, coordinateur du service de lutte contre les crimes cybernétiques au ministère de la Justice, a évoqué un « vrai film d'horreur », expliquant que la jeune fille avait été incitée à se donner la mort, « tout cela retransmis en direct ».
« Avant, on voyait des majeurs recruter des mineurs. Ce que nous voyons maintenant ? Des mineurs recruter d'autres mineurs pour commettre des actes de barbarie. Cela s'appelle l'esclavage numérique », a-t-il ajouté. Le commissaire a dénoncé de « terribles failles de modération » de la plateforme, soulignant que la transmission avait duré environ 45 minutes. Il a cité en exemple qu'un des suspects a déclaré avoir 148 ans en remplissant l'auto-déclaration d'âge exigée par la plateforme.
Discord se défend et la loi brésilienne
Dans un communiqué, Discord a affirmé que « la caractérisation faite par l'ANPD ne reflète pas la plateforme que nous avons construite ni les investissements que nous avons réalisés dans la sécurité des utilisateurs ». L'entreprise a également rapporté avoir « désactivé avant la mort de l'adolescente » un « groupe de discussion privé » soupçonné d'être utilisé par « des individus impliqués dans des activités criminelles encourageant l'automutilation ».
Au Brésil, une loi entrée en vigueur en mars oblige les plateformes à relier les comptes des moins de 16 ans à ceux de leurs parents, et contraint les plateformes à vérifier l'âge des utilisateurs. Sur les réseaux sociaux, les réactions sont partagées : @Deuts, usager de la plateforme, a fustigé une « paranoïa du cercle féministe et boomer du PT », le Parti des travailleurs de Lula, tandis que @padeli a tempéré : « Je comprends la révolte […] mais on ne peut pas exempter de leur responsabilité des entreprises milliardaires ».
Cette suspension s'inscrit dans un contexte de tensions entre les autorités brésiliennes et les plateformes numériques. En 2024, la plateforme X avait été bloquée durant quarante jours sur décision de la Cour suprême brésilienne, jusqu'à ce que le réseau d'Elon Musk se conforme à des ordres judiciaires de supprimer des comptes accusés de désinformation. L'ANPD n'a pas précisé la durée de la suspension des directs sur Discord, mais l'ordre doit être exécuté sous trois jours.



