Bayrou et l'omelette à l'eau tiède : l'édito qui interpelle
Bayrou et l'omelette à l'eau tiède : l'édito qui interpelle

Dans son éditorial du 13 août 2026, Baptiste Bize, directeur de la rédaction, revient sur la position de François Bayrou, qui plaide désormais pour une candidature unique à l'élection présidentielle de 2027, allant des sociaux-démocrates aux gaullistes. Cette proposition contraste avec le refus historique du leader centriste de soutenir un parti unique de la droite et du centre en 2002.

Un revirement spectaculaire

En février 2002, François Bayrou avait marqué les esprits en venant « troller » la convention nationale préfigurant le grand parti unique de la droite et du centre. Il avait alors refusé que l'UDF se fonde avec le RPR pour former l'UMP, estimant que « ce serait une faute pour la France ». Près d'un quart de siècle plus tard, le même homme politique propose une alliance allant du PS à LR, ce qui, selon Bize, signifie que « du PS à LR, on penserait donc la même chose » et que « du PS à LR, on ne penserait donc plus rien ».

Le directeur de la rédaction souligne que François Bayrou, principal artisan de l'élection d'Emmanuel Macron en 2017, n'a pas tiré les enseignements de l'expérience du « en même temps ». Dix ans plus tard, les instituts de sondage confirment la probabilité d'un second tour Mélenchon - Le Pen, un danger identifié qui se confirme : avec l'effacement du clivage gauche droite, l'alternance passe forcément par les extrêmes.

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Les risques d'une gestion technocratique

Baptiste Bize analyse les conséquences de cette logique de centre au pouvoir sans alternative. Il évoque un problème démocratique évident, le risque d'une gestion technocratique du pays, et l'encouragement à la focalisation du débat public sur des sujets sociétaux et identitaires. Cette approche favoriserait l'abstention et nourrirait la défiance dans la classe politique autant que le complotisme.

Dans un système parlementaire fondé sur une représentation proportionnelle, il pourrait sembler pertinent de faire travailler la gauche et la droite ensemble pour dégager des compromis. Mais dans notre système présidentiel basé sur un mode de scrutin majoritaire, la gauche et la droite sont condamnées à s'opposer pour éviter le péril des extrêmes, rappelle-t-il.

Une image prophétique

François Bayrou, dans son discours de Toulouse en 2002, avait déclaré : « Chacun a son histoire et chacun doit en être fier, je ne suis pas pour le méli-mélo et pour l'eau tiède ». Il mettait alors en garde contre la tentation du parti unique : « Si l'on cuit l'omelette à l'eau tiède, elle se rétrécit aux deux bouts. » Une image prophétique, selon Bize, car après deux quinquennats à l'eau tiède, le bloc central n'a plus de majorité.

L'éditorial conclut que la tentative d'imposer la candidature de Thierry Breton vise à décourager celles de Hollande, Attal, Philippe et Retailleau, mais cette stratégie pose un problème démocratique majeur et risque d'aggraver la crise de confiance envers la classe politique.

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