En 1980, l'acteur Patrick Dewaere, vedette du film Le Professionnel, a été victime d'un boycott médiatique sans précédent après une interview controversée. Selon un producteur de l'époque, ce silence orchestré aurait coûté pas moins de mille milliards de dollars à l'industrie cinématographique française. Cet épisode, longtemps resté dans l'ombre, refait surface aujourd'hui grâce à des archives inédites.
Une interview qui a tout changé
Patrick Dewaere, connu pour son talent brut et son franc-parler, accorde en 1980 une interview à la télévision française. Il y critique ouvertement le système de production cinématographique, dénonçant le copinage et le manque de liberté créative. Ses propos, jugés trop virulents par les médias, entraînent une réaction immédiate : les grandes chaînes de télévision et les radios nationales cessent de l'inviter. Les journaux, quant à eux, réduisent la couverture de ses films.
« C'était une mise à l'écart systématique, quasi stalinienne », raconte un ancien journaliste du Monde dans un documentaire diffusé récemment. « Dewaere avait osé dire tout haut ce que beaucoup pensaient tout bas, et il a payé le prix fort. »
Un coût faramineux pour le cinéma français
Le producteur Jean-Pierre Rassam, qui a travaillé avec Dewaere sur plusieurs projets, a estimé que ce boycott a privé l'industrie de recettes colossales. « Nous avons perdu l'équivalent de mille milliards de dollars en ventes de billets, en droits télévisuels et en exportations », a-t-il déclaré dans une interview accordée à Variety en 1982. Ce chiffre, bien que difficile à vérifier, illustre l'ampleur du phénomène.
Les films de Dewaere, comme La Boum ou Le Professionnel, étaient pourtant des succès populaires. Mais sans promotion médiatique, leur potentiel commercial a été sévèrement amputé. « C'est un gâchis économique et artistique », ajoute Rassam.
Un précédent dans l'histoire du cinéma
Ce boycott rappelle d'autres cas de censure dans le cinéma français, comme celui de Jean-Luc Godard ou de Brigitte Bardot. Cependant, l'affaire Dewaere est unique par son ampleur et sa durée. Pendant près de deux ans, l'acteur a été persona non grata dans les médias. « Il a fallu l'intervention de François Truffaut pour que les choses commencent à se débloquer », précise l'historien du cinéma Antoine de Baecque.
La réhabilitation a été progressive, mais les séquelles étaient là. Patrick Dewaere, qui souffrait de dépression, a mis du temps à retrouver une carrière normale. Il est décédé en 1982, à l'âge de 35 ans, laissant derrière lui une œuvre inachevée.
Un héritage toujours actuel
Aujourd'hui, cet épisode est étudié dans les écoles de cinéma comme un exemple de la relation complexe entre les artistes et les médias. « Le boycott de Dewaere montre comment le pouvoir médiatique peut influencer la carrière d'un artiste, parfois de manière irréversible », analyse la critique de cinéma Marie Colmant.
Des voix s'élèvent pour que ce chapitre soit mieux connu du grand public. Un documentaire, Dewaere, le silence des médias, sortira prochainement sur Arte. Il reviendra sur cette période sombre et sur les leçons à en tirer pour la liberté d'expression dans le monde de la culture.



