Une boulangerie villageoise brutalement fermée par les autorités
Dans le petit village de Saint-Martin-de-Coux, en Charente-Maritime, une décision administrative a plongé la communauté locale dans la consternation. La boulangerie-pâtisserie Hervaud, qui desservait quotidiennement près de 200 clients répartis sur douze communes différentes, a été contrainte de cesser son activité le 11 mars dernier. Cette fermeture brutale, ordonnée par arrêté préfectoral, prive les 450 habitants de leur dernier commerce de bouche dans cette zone rurale située aux confins de trois départements.
Un contrôle inattendu aux conséquences lourdes
Frédéric Hervaud, boulanger installé depuis février 1998, n'avait jamais fait l'objet d'un contrôle de la Direction départementale de la protection des populations avant cette inspection fatidique. Deux jours seulement après le passage des inspecteurs, son établissement recevait l'ordre de fermeture pour manquement aux règles d'hygiène. « Personne n'a jamais été intoxiqué. Là, c'est comme si j'avais empoisonné quelqu'un », proteste l'artisan de 56 ans, qui reconnaît cependant la vétusté de son commerce resté inchangé depuis son installation.
Une communication préfectorale maladroite
La forme de l'annonce a particulièrement choqué les habitants. La préfecture de Charente-Maritime avait initialement communiqué sur les réseaux sociaux en citant nommément le commerce et en publiant des photos, accompagnées d'un émoji représentant un personnage qui vomit. Cette publication a été rapidement supprimée, mais elle avait déjà provoqué l'indignation de la communauté. Sophie Godinaud, conseillère municipale et cliente régulière, témoigne : « Je suis choquée par cette mesure. Il livre des collèges, des lycées. Des artisans comme lui, il n'y en a pas beaucoup ».
La mobilisation d'un village entier
Face à cette situation, les Saint-Martinauds se sont immédiatement organisés pour venir en aide à leur boulanger. Une cagnotte en ligne a été ouverte pour financer les travaux de mise aux normes nécessaires à la réouverture. En moins de dix jours, près de 6 000 euros ont été collectés, accompagnés de nombreux messages de soutien :
- « Nous n'avons jamais été déçus par votre pain »
- « Merci pour votre passage quotidien chez ma mamie »
- « On est tous avec vous »
Le maire nouvellement élu, Patrick Pajot, et plusieurs conseillers municipaux se sont également mobilisés pour défendre cet artisan essentiel à la vie locale.
Un désert commercial qui s'aggrave
La fermeture de la boulangerie Hervaud accentue dramatiquement la désertification commerciale de cette zone rurale. Désormais, pour trouver du pain frais, les habitants doivent se déplacer jusqu'à Montguyon ou Saint-Aigulin, soit une dizaine de kilomètres. Cette situation est d'autant plus préoccupante que, selon les chiffres de la Direction générale des entreprises, seulement 16,4% des communes de moins de 1 000 habitants disposaient encore d'une boulangerie en 2020.
Un avenir incertain malgré les soutiens
Frédéric Hervaud, qui a dû mettre ses deux salariés en chômage partiel et jeter 100 kilos de farine le jour de la fermeture, évalue à 100 000 euros le coût des travaux nécessaires pour remettre entièrement son commerce aux normes. « L'objectif, c'est déjà d'atteindre 10 000 euros pour les travaux de nettoyage des murs et de peinture », explique-t-il. L'artisan espère pouvoir rouvrir d'ici un mois, sous réserve de l'autorisation de l'inspecteur. En attendant, toute la communauté retient son souffle, consciente que la survie de ce dernier commerce alimentaire est cruciale pour la vie sociale et économique du village.



