Bordeaux : huit jeunes recrutés sur les réseaux sociaux pour prendre un point de deal
Bordeaux : huit jeunes recrutés sur réseaux sociaux pour point de deal

Bordeaux face au phénomène des petites mains recrutées sur les réseaux sociaux

Le phénomène inquiétant des contrats de trafiquants de drogue, utilisant de très jeunes "petites mains" recrutées sur les réseaux sociaux pour prendre de force des points de deal, a désormais atteint Bordeaux. Les récents événements survenus dans le quartier des Aubiers en sont une illustration frappante.

Les faits du 5 février aux Aubiers

Le 5 février dernier, en pleine journée, un coup de feu a retenti sur la place Ginette-Neveu dans le quartier des Aubiers à Bordeaux. L'incident, qui n'a heureusement fait aucune victime, a immédiatement déclenché une réaction policière rapide. Des habitants ont alerté les forces de l'ordre, conduisant au confinement d'une école voisine par mesure de sécurité.

Les premiers équipages policiers dépêchés sur place ont récupéré le signalement d'une Clio orange à bord de laquelle se trouvaient les assaillants. Le véhicule, volé en novembre dans la région bordelaise, a été rapidement repéré par la brigade anticriminalité sur les boulevards. Après une poursuite, la voiture s'est finalement arrêtée : quatre occupants ont pris la fuite à pied tandis que le conducteur était interpellé.

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Trois des quatre passagers ont été rapidement retrouvés et arrêtés. Lors de leur interpellation, l'un d'eux a tenté de se débarrasser d'une arme, provoquant un tir accidentel qui a atteint le mur d'un immeuble dans le quartier Fondaudège, sans faire de blessé. L'arme récupérée s'est avérée être un revolver 357 Magnum, tandis qu'un pistolet semi-automatique a été découvert dans la Clio.

Une enquête rapide et des arrestations

Les investigations, confiées à la division de la criminalité organisée et spécialisée (DCOS), ont progressé rapidement avec l'engagement d'une trentaine d'enquêteurs, appuyés par le Raid et la brigade de recherche et d'intervention (BRI). Les policiers ont localisé le premier point de chute de l'équipe : un logement Airbnb à Mérignac, investi le 6 février mais déjà évacué par les suspects.

Un deuxième point de chute a été découvert à Ludon-Médoc, dans un autre logement Airbnb. Un important dispositif policier y a été déployé le samedi, conduisant à l'interpellation de cinq jeunes hommes, dont le dernier occupant présumé de la Clio orange. L'un d'eux a été mis hors de cause et relâché le dimanche.

Huit suspects mis en examen

Au final, huit suspects âgés de 16 à 23 ans, dont cinq mineurs, ont été déférés au palais de justice le 9 février et placés en détention provisoire. "Pour la plupart, ils reconnaissent avoir été recrutés par un commanditaire, indirectement, via les réseaux sociaux, afin de prendre possession du point de deal des Aubiers", a indiqué le procureur de la République de Bordeaux, Renaud Gaudeul, lors d'une conférence de presse tenue le 10 février avec le commissaire général Éric Krust, directeur interdépartemental adjoint de la police nationale.

L'équipe était divisée en deux sous-groupes distincts :

  • Le premier, composé de cinq suspects (âgés de 16, 17, 19 et 23 ans), avait pour mission de prendre possession du point de deal par la force
  • Le second, constitué de deux mineurs de 17 ans et d'un majeur de 19 ans, était celui des "charbonneurs" chargés de commencer la vente de stupéfiants dès la prise de contrôle

Selon leurs déclarations, ils devaient être payés environ 200 euros par jour pour les dealers et 300 euros pour les membres du commando. "Aucun n'est de la région bordelaise. Ils viennent d'Annemasse (Haute-Savoie), Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), Mont-Saint-Aignan (Seine-Maritime), Beaumont et Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) ou encore de Rouen (Seine-Maritime)", a souligné le procureur.

Des poursuites judiciaires et des questions en suspens

Une information judiciaire a été ouverte pour :

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  1. tentative de meurtre en bande organisée
  2. participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un crime ou d'un délit
  3. détention, transport et acquisition d'arme de catégorie B
  4. recel de vol

Les huit suspects, dont certains étaient déjà connus de la justice pour des faits commis à Marseille, Grenoble et Perpignan, ont été mis en examen pour la plupart de ces chefs d'accusation. Concernant la tentative de meurtre aggravée, les cinq membres présumés du commando à bord de la Clio ont été placés sous le statut de témoin assisté par le juge d'instruction.

L'enquête est cependant loin d'être terminée. Les investigations doivent encore remonter jusqu'aux logisticiens et aux commanditaires. Une question cruciale demeure : cette affaire est-elle liée à la fusillade du 25 décembre dernier aux Aubiers, dans laquelle un jeune de 19 ans originaire de Trappes a été tué ?

"De nombreuses investigations doivent encore être menées. Ce dossier s'inscrit dans le même schéma que les faits du 25 décembre, mais on ne peut pas faire de lien, à ce stade", a répondu le procureur, tout en soulignant que le point de deal des Aubiers suscite de dangereuses convoitises.

Un contexte préoccupant à Bordeaux

Le commissaire général Éric Krust a rappelé que, depuis trois ans, une trentaine de points de deal ont été démantelés dans l'agglomération bordelaise, faisant passer leur nombre de 80 à 45 environ. "Mais on reste sur un socle toujours bien présent, avec des caractéristiques plus solides et plus inquiétantes", a-t-il analysé.

Face à cette situation préoccupante, des unités de CRS ont été déployées ces derniers jours aux Aubiers et dans des points chauds de la rive droite afin d'éviter toute réplique violente. Cette affaire met en lumière l'évolution inquiétante des méthodes de recrutement dans le trafic de drogue, avec l'utilisation croissante des réseaux sociaux pour embaucher de très jeunes personnes venues de toute la France.