Dix ans après l'attentat du 14 juillet 2016 à Nice, Anick et Alain Dariste, grands-parents de Léana, la plus jeune victime âgée de 2 ans et demi, livrent un témoignage empreint de douleur et de lucidité. Alors que la ville s'apprête à commémorer le triste anniversaire, le couple exprime son souhait que l'hommage dépasse les frontières de Nice et dénonce le sentiment d'être parfois considérés comme des « victimes de seconde zone » par rapport aux attentats parisiens.
Un hommage qui doit résonner au-delà de Nice
Pour Alain Dariste, ce dixième anniversaire est « un cap symbolique » mais redouté. « Après, il y aura onze ans, douze ans… on va redescendre au tarif normal des commémorations. Mais dix ans, il faut que ça résonne », déclare-t-il. Le couple, qui habitait à La Madeleine, le quartier de Nice le plus durement touché, insiste sur la nécessité d'un hommage national à la hauteur du drame.
Un manque de respect : des publicités entre les visages des victimes
Les Dariste ont découvert avec indignation que des panneaux déroulants dans la ville, censés défiler les visages des victimes, sont entrecoupés de publicités. « J’ai téléphoné à la société qui gère les panneaux, j’ai demandé qu’ils enlèvent les publicités. Il y a deux photos de victimes qui passent très vite et puis cinq pubs qui elles prennent le temps », s'indigne Alain. Anick renchérit : « Je ne veux pas que ma petite-fille soit associée à une marque de café. C’est un manque de respect, ça m’a rendue malade. Pour un mois, suspendre les pubs ne va pas les ruiner. »
Amertume envers les récupérations politiques
Au fil des années, le couple a connu le meilleur comme le pire. La venue d'Emmanuel Macron et de nombreux officiels suscite autant d'attentes que d'amertume. « Ils viennent aussi pour les photos », soupire Alain. Il dénonce ceux qui « quand ça leur convient vous tendent les bras en vous disant 'Ah ! Alain mon cher ami !' et quelque temps plus tard vous tournent le dos ». Il ajoute : « J’ai mis du temps à me rendre compte que je servais que de faire valoir pour certaines personnes, et c’est là quand ils ont vu qu’ils ne pouvaient plus me récupérer qu’ils ont commencé à m’ignorer. »
Alain critique également les revirements politiques : « Ils ont trouvé d’autres personnes pour leur cirer les pompes, des personnes d’ailleurs qui ciraient les pompes à l’ancienne municipalité en vomissant sur les nouveaux, mais qui comme par hasard maintenant cirent les pompes de la nouvelle majorité. C’est dingue comme l’être humain arrive à s’adapter à de nouvelles situations ! » Il s'étonne que certains s'intéressent soudain au procès sur la sécurité « alors qu’avant les élections c’était un sujet tabou ».
Des liens indestructibles avec d'autres familles de victimes
Malgré tout, Anick et Alain retiennent aussi l'empathie sincère et les belles rencontres. Des liens solides se sont tissés avec d'autres familles de victimes, comme Stéphane Erbs, président de l'association Promenade des Anges, Philippe et Anne Murris du Mémorial des Anges, l'écrivain Thierry Vimal ou l'artiste Célia Viale. « On est vraiment des amis maintenant », sourit Anick. Une communauté de destin où l'on se comprend sans parler et où l'on s'autorise à rire ensemble, comme une victoire sur l'horreur.
La famille réunie pour l'hommage
Le 10 juillet, leur fille Mélanie et leurs petits-enfants arriveront du Canada pour que toute la famille soit réunie à l'occasion de l'hommage. « On est heureux pour ça », lancent-ils, soulignant l'importance de rester soudés autour du souvenir de Léana.



