Le 14 juillet 2016, Fatima Charrihi, 60 ans, est la première victime de l'attentat de Nice sur la Promenade des Anglais. Sa fille Hanane, surnommée « la fille du milieu », a écrit un livre intitulé Ma mère patrie pour raconter son chagrin et son combat contre les préjugés. Dix ans après, elle confie : « Le temps panse un peu les plaies mais, je suis toujours orpheline de mère et pour toujours… »
Le choc de l'annonce
Ce soir-là, Hanane regardait un feu d’artifice avec ses deux fils dans la région parisienne, loin du drame. À 23 heures, son frère l’appelle : « Maman est morte ». Le lendemain, elle prend le premier avion pour Nice. Depuis le hublot, elle voit « l’extrémité de la Promenade des Anglais étrangement déserte, vidée de son trafic, les barrières qui bloquent la circulation, les camions de police. Et des dizaines et des dizaines de petites taches blanches tout le long de la mer : les draps qui recouvrent les corps. »
La double peine
Son père, Ahmed, aujourd’hui âgé de 72 ans, lui dit : « Déchiquetée Fatima, ils me l’ont déchiquetée ma femme ». Mais la douleur s’ajoute à l’humiliation : une automobiliste insulte la famille, les traitant de « terroristes ». Hanane s’indigne : « Déjà les Arabes étaient montrés du doigt, mais ma mère ne pouvait pas être victime et coupable à la fois ! » Elle rappelle que « plus d’un tiers des 86 victimes était de foi musulmane ».
Un appel à la fraternité
Dix ans après, Hanane garde la même indignation et appelle au vivre-ensemble : « Nos lumières, il ne faut pas les sacrifier. La France doit s’accrocher à ses valeurs d’égalité, de liberté et de fraternité. » Elle raconte comment sa famille a surmonté l’épreuve : « On a rebondi chacun à notre manière. Latifa a créé une start-up à Paris, Yasmina, la petite dernière, a fait de brillantes études, Nadia est Parisienne, Faïza vit à Mougins… »
Un hommage au Maroc
Son père n’a pas replanté les géraniums que Fatima aimait sur le balcon niçois. Il passe désormais la plupart de son temps au Maroc, où Fatima est enterrée. Le 14 juillet 2026, la famille se retrouvera là-bas, « surtout loin de Nice », loin des discours blessants. Hanane conclut : « J’irai me recueillir sur sa tombe. »



