La fraude par manipulation a bondi de 34 % en un an pour atteindre 516 millions d’euros en 2025, selon le dernier rapport de l’Observatoire des moyens de paiement publié le 9 septembre 2026. Face à cette recrudescence, Vanessa Lalo, psychologue clinicienne spécialisée dans les pratiques numériques, décrypte les ressorts psychologiques qui poussent les victimes à céder, parfois jusqu’à des milliers d’euros.
L’urgence, premier signal d’alerte
« C’est l’action d’influencer la conduite, le comportement ou les sentiments d’une personne sans qu’elle s’en rende compte, pour obtenir ce que l’on souhaite », rappelle Vanessa Lalo. Dans les arnaques, la technique est « super bien rodée » : les escrocs parviennent à oppresser leur cible. « Derrière, c’est une vraie stratégie qui se met en œuvre avec un vrai piège qui vient se refermer sur nous », explique-t-elle.
Le premier élément de vigilance est l’urgence. « Dans l’urgence, notre esprit ne fonctionne plus », souligne la psychologue. Les escrocs piègent leurs victimes sur des gros débordements émotionnels et sur le temps : « On se laisse totalement déborder. » Les exemples sont nombreux : arnaques au faux livreur, mails de résiliation imminente d’abonnement Netflix, fuites de sites pornographiques, faux appels de la répression des fraudes. Chacun sait que les mots de passe, coordonnées bancaires ou cryptogrammes ne sont jamais demandés par téléphone, mais la connaissance ne protège pas toujours.
Des cibles vulnérables et des émotions anormales
Les escrocs ciblent en priorité les personnes isolées, en souffrance ou émotionnellement instables. « Les personnes âgées sont très ciblées parce qu’elles sont plus fragiles », précise Vanessa Lalo. Mais la vulnérabilité peut être ponctuelle : « Il y a des moments où on est plus vulnérable, plus fatigué, on n’a pas forcément le temps, on lit les choses en diagonale. Les escrocs jouent sur toutes nos formes de vulnérabilité. »
La psychologue recommande de se méfier des émotions suscitées par les écrans. « Internet, ce n’est pas censé vous faire vivre des émotions », insiste-t-elle. Ressentir de la colère, de la tristesse ou de la frustration derrière un écran est anormal : « L’émotion devrait être un rempart. C’est le moment de débrancher, de prendre du recul, de souffler un coup. »
Réagir face à la pression
Quand la frénésie monte et que l’escroc presse au bout du fil, Vanessa Lalo conseille de réfléchir deux secondes avant toute action. La règle d’or : « Il faut raccrocher et rappeler. » Cela permet de vérifier immédiatement si l’interlocuteur est bien la personne qu’il prétend être. « Aujourd’hui, n’importe qui peut se cacher derrière une voix et un numéro, alors on raccroche et on rappelle », ajoute-t-elle.
Malgré la hausse des arnaques au faux conseiller, les ressorts restent les mêmes. La seule vraie différence réside dans le nombre d’arnaques. Les escrocs n’ont plus besoin de faire du porte-à-porte chez un million de personnes : « Ils peuvent faire un million de sollicitations simultanées, ce qui leur donne beaucoup de probabilité que quelqu’un tombe dans le piège », conclut la psychologue. Cette massification explique en partie la progression spectaculaire de la fraude constatée par l’Observatoire des moyens de paiement.



