Dans une tribune publiée dans Le Monde, l'avocat Arié Alimi, connu pour son engagement dans les affaires de violences policières, analyse les réactions suscitées par la BRAV (Brigade de Répression des Actions Violentes). Selon lui, cette unité d'élite de la police nationale charrie des passions et des imaginaires contraires à l'union nationale, un concept souvent invoqué après les émeutes de l'été 2023.
Une unité controversée depuis sa création
La BRAV a été créée en 2019 pour faire face aux manifestations violentes, notamment celles des Gilets jaunes. Elle est composée de 240 agents formés aux techniques d'intervention musclée. Dès ses débuts, elle a été accusée par des associations de défense des droits humains de recourir à une force disproportionnée. Selon le Défenseur des droits, 65 plaintes pour violences ont été déposées contre la BRAV entre 2019 et 2023, dont 12 ont donné lieu à des condamnations.
Un symbole de la fracture sociale
Pour Arié Alimi, la BRAV est devenue un symbole de la fracture sociale et du fossé entre la police et une partie de la population. Il écrit : "La BRAV cristallise les peurs et les colères d'une jeunesse qui se sent stigmatisée et réprimée." Il ajoute que l'unité est perçue comme un "outil de guerre civile" plutôt que comme un instrument de maintien de l'ordre républicain.
L'union nationale en question
L'avocat estime que la persistance de la BRAV nuit à l'union nationale que le gouvernement appelle de ses vœux. Il rappelle que le concept d'union nationale suppose un consensus autour des valeurs républicaines, mais que la BRAV, par ses méthodes et son image, divise profondément. "Comment parler d'union nationale quand une partie de la population voit dans cette brigade une force d'occupation ?", s'interroge-t-il.
Des réformes nécessaires
Arié Alimi préconise une réforme en profondeur de la BRAV, avec un contrôle accru de ses actions et une formation renforcée à la gestion des foules. Il suggère également la création d'une instance indépendante chargée d'enquêter sur les violences policières. Selon un sondage Ifop réalisé en juin 2023, 58 % des Français estiment que la police use trop souvent de violences injustifiées, un chiffre qui monte à 72 % chez les 18-24 ans.
Un débat qui dépasse la BRAV
Au-delà de la BRAV, c'est le modèle français de maintien de l'ordre qui est en cause. Alimi rappelle que d'autres pays européens, comme l'Allemagne ou les Pays-Bas, ont réformé leurs forces de police pour privilégier la désescalade et le dialogue. "La France doit s'inspirer de ces exemples pour rétablir la confiance entre la police et les citoyens", conclut-il.



