Un Azuréen de 47 ans, organisateur de bals de villages, a été placé en détention provisoire le 18 juin 2026 à la suite du réexamen de plusieurs plaintes pour viols et agressions sexuelles. L'une d'elles émane d'un trentenaire qui dénonce un viol subi à l'âge de 14 ans, à Cagnes-sur-Mer. Il réagit à la relance de l'affaire.
Un soulagement mêlé de joie
« J'ai éprouvé un mélange de soulagement et de joie. Pour les victimes. Et surtout, pour les potentielles futures victimes… », confie Clément (1), 39 ans, un mois après avoir appris la mise en examen et l'incarcération de G., l'homme qu'il accuse de l'avoir violé en 2001. Cet Antibois est visé par quatre plaintes – dont trois non prescrites – pour des viols, viols sur mineurs et agressions sexuelles commis sur la Côte d'Azur entre 2001 et 2023.
Le service interdépartemental de police judiciaire (SIPJ 06) a rapidement pris en charge le dossier, après que le réexamen des plaintes, dans le sillage de l'affaire Lyhanna, a relancé l'enquête. Le quadragénaire conteste les faits et reste présumé innocent.
Le récit du piège
Originaire de Cagnes-sur-Mer, Clément habite aujourd'hui à Paris. Il livre son témoignage brut, espérant faire écho à d'autres souffrances passées sous silence. « En décembre 2001, j'avais 14 ans, j'étais au lycée. C'était les débuts d'Internet. J'avais rencontré mes premiers amis sur Caramail, avec le pseudo “Ado-gay-du-06”. Un soir, j'ai reçu des SMS d'un inconnu. Je l'ai éconduit, mais le lendemain, des appels insistants et malveillants ont suivi. J'ai fini par répondre, et il m'a convaincu de le rejoindre dans sa voiture, une 206 rouge, devant la gare de Cagnes. »
« Il s'était présenté comme un jeune adulte, mais j'ai tout de suite vu qu'il n'avait pas cet âge. J'étais pétrifié. Je voyais bien que j'étais tombé dans un piège. Il m'a amené vers une zone grise, où vous faites quelque chose dont vous ne voulez pas. Il avait créé un environnement faussement bienveillant, avec une boîte à bonbons dans la boîte à gants. Nous avons roulé jusqu'à la Colle-sur-Loup, dans une impasse. Il m'a pratiqué une fellation. J'étais en dissociation. Il m'a dit : “J'ai enfin eu Ado gay du 06”. Il m'a aussi amené à lui faire une fellation, avec beaucoup de dégoût. »
Une chasse de jeunes mineurs
« Il m'a ramené devant la gare. Je suis rentré chez mes parents, j'ai pris trois douches. Il a fallu de longues années pour que je réalise que j'avais subi un viol. Je racontais ça froidement, avec humour, un mécanisme de protection. Un de mes meilleurs amis a été agressé par le même type à Perpignan. Il se faisait appeler Mickaël, alors qu'il s'appelait G. Plus tard, il m'a dragué dans une boîte gay à Nice sans me reconnaître. Pour moi, c'était de la chasse de jeune mineur. »
Une plainte déposée, une attente longue
Clément a déposé plainte en février 2025 à Paris. « L'audition a été parfaite. La gardienne de la paix, bien que non formée, a fait un travail remarquable. Le dossier pesait dix kilos ! La parquetière a pris les choses très au sérieux. La plainte est partie à la brigade de protection des mineurs à Antibes. On attendait qu'ils l'interpellent, mais ils ne l'ont jamais fait, alors qu'il était inscrit au Fijais (2). Me Allali a écrit au procureur général d'Aix. Le dossier a été confié à la PJ de Nice, et j'ai appris qu'il était en détention provisoire. »
L'onde de choc de l'affaire Lyhanna
« Si cela avait été fait autrement, il aurait été interpellé depuis longtemps. Une alarme a sonné dans tous les tribunaux de Paca suite à l'affaire Lyhanna. Je trouve dommage qu'il y ait eu besoin d'un tel drame pour que tout se débloque. J'ai beaucoup de gratitude envers l'enquêtrice. Elle a changé la vie de plein de victimes. À présent, j'attends un procès criminel. On espère trouver d'autres victimes. Je voudrais qu'elles sachent qu'on a constitué un groupe, qu'elles nous rejoignent et portent plainte, pour qu'on soit le plus nombreux possible au procès. Car je pense que le réseau qu'il a tissé est tentaculaire. »
(1) Le prénom a été modifié. (2) Fichier des auteurs d'infractions sexuelles.



