Ce n'est évidemment pas la première affaire de pédocriminalité dans une école à Paris. Mais c'est la première d'une série qui ne semble plus devoir finir. Alors que deux animateurs ont été placés en détention vendredi pour des faits à caractère sexuel dans le VIIe arrondissement, un surveillant périscolaire de maternelle à Alphonse-Baudin (XIe) comparaîtra, libre, ce mardi 26 mai au tribunal correctionnel de Paris pour des agressions sexuelles sur 8 élèves.
Cet homme de 36 ans est également jugé pour avoir harcelé sexuellement deux de ses collègues. Pour l'une d'entre elles, il devra aussi répondre d'agression sexuelle. Autant de faits qu'il nie en bloc.
Une affaire révélée en avril 2025
L'affaire est révélée dans nos colonnes en avril 2025 à la suite d'une réunion extraordinaire organisée par la municipalité. La centaine de parents présents apprennent qu'un animateur a été suspendu après des plaintes déposées par deux familles. L'annonce fait l'effet d'une bombe. Et pas seulement pour les faits dénoncés : apparemment, un signalement avait déjà été fait à la rentrée. Dans la foulée, la brigade de protection des mineurs lance les auditions des victimes.
Des enfants qui ne voulaient plus aller aux activités périscolaires
Plusieurs avaient déjà dit à leurs parents qu'elles ne voulaient plus assister aux activités périscolaires. Une enfant explique alors aux policiers que l'animateur lui touchait le sexe et les fesses lors de « câlins ». Depuis janvier, la fillette souffrait de maux de ventre et demandait à ce qu'on vienne la récupérer avant le goûter. Elle avait aussi confié à ses parents que le trentenaire lui avait touché des parties intimes dans les toilettes. Une autre écolière avait révélé que l'animateur lui touchait régulièrement les fesses avec une cuillère en bois.
Il y a aussi le signalement du mois de septembre, quand un élève de maternelle avait indiqué que le directeur lui avait tenu le sexe pour l'aider à uriner. Il lui aurait aussi fait des « bisous » et des « câlins ». La maman en avait parlé à la maîtresse. Mais il ne pouvait pas s'agir du directeur, en arrêt de travail à ce moment-là. Les soupçons s'étaient du coup portés sur l'animateur, le seul homme alors en poste.
Une autre enfant a indiqué qu'elle avait vu dans les toilettes pour adultes le « zizi plein de poils » de l'animateur. Mais il ne fallait « pas le dire » car il s'agissait d'un « secret poison ». Une enfant plus jeune que les autres a, elle, confié qu'elle aimait bien cet animateur, notamment parce qu'il lui faisait des « caresses ».
La colère des parents et des avocats
Pour les parents de l'école, la culpabilité du prévenu ne souffre pas vraiment de contestation. « Nos clients souhaitent qu'il soit mis hors d'état de nuire et qu'il ne puisse plus jamais exercer auprès d'enfants, font savoir Hannah Kopp et Rebecca Royer, qui représentent la plupart des parties civiles. Ils souhaitent également qu'il soit condamné à une peine à la hauteur des faits subis par leurs enfants. »
La colère est d'autant plus forte qu'il y a ce fameux signalement plusieurs mois avant la révélation de l'affaire. « Une alerte avait été donnée dès septembre 2024, sans qu'aucune mesure réellement protectrice ne soit mise en œuvre pour préserver les enfants, assurent les avocates. Il est évident que la commission de ces agressions sexuelles a été rendue possible par l'ensemble des dysfonctionnements des responsables du périscolaire. Nos clients souhaitent désormais une réforme profonde du système afin que de tels faits ne puissent plus se reproduire. »
« Ce que nous apprenons est proprement édifiant, abonde Me Caty Richard, qui représente l'association Innocence en danger. Il faut tout faire pour protéger nos enfants de ces prédateurs. » L'expert psy qui l'a examiné a relevé chez lui une attitude « un peu étrange » et un « comportement semblant artificiel ». Mais aucune altération du discernement.
La défense et les contradictions
Le prévenu, dont nous n'avons pas réussi à joindre l'avocat, aura sans doute à cœur de faire valoir certains arguments pour sa défense. Le fait qu'il soit inconnu de la police et de la justice, pour commencer. Et qu'il clame son innocence depuis le début.
Lors des auditions, à plusieurs reprises, la parole des enfants s'est révélée confuse. Certains ont livré des témoignages parfois contradictoires. L'un des élèves, qui avait indiqué que l'animateur lui avait touché les fesses et l'avait vu poser la main sur « la zézette » d'une de ses camarades, est aussi revenu sur ses accusations.
Il y a aussi le cas d'un gamin qui ne sait plus trop si son récit correspond à la réalité ou à un « cauchemar ». Ou d'une autre qui a indiqué que l'animateur lui avait touché le sexe à plusieurs reprises dans les toilettes, accusations mises en doute par l'experte.
Des propos et gestes déplacés envers des collègues
Et que reprochent les animatrices à leur collègue ? Déjà, des propos offensants. « Vous me donnez envie, c'est un fantasme pour moi de coucher avec des lesbiennes », leur aurait-il dit un jour, selon une des parties civiles. D'après elle, le prévenu lui aurait aussi touché la poitrine en disant que son tee-shirt était beau. « J'attends que ça de te rentrer dedans », rapporte également l'autre animatrice qui se plaint de gestes déplacés de la part de son collègue, notamment une main lui caressant le dos lors d'une bise.
Depuis le début de l'année, 78 agents de la Ville ont été suspendus dans les écoles parisiennes, dont 31 pour des suspicions de violences sexuelles. Sommé d'agir par l'opposition au Conseil de Paris après le choc des violences dans au moins 84 écoles maternelles parisiennes, le nouveau maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a promis une refonte du périscolaire d'ici à la rentrée de septembre.



