Alès : conflit policier sur des violences de 2012, verdict attendu en mai
Alès : guerre policière sur des violences de 2012

Un conflit policier historique refait surface à Alès

Plus de quatorze ans après les faits, une affaire de violences policières datant de 2012 arrive enfin devant le tribunal correctionnel d'Alès. Cette affaire met en lumière des tensions profondes entre la police municipale et la police nationale, chaque service rejetant la responsabilité des blessures subies par un suspect lors d'une interpellation mouvementée.

Les faits remontent à février 2012

En février 2012, une rixe éclate dans le restaurant Hippopotamus situé place Barbusse à Alès. Un équipage de trois policiers municipaux est dépêché sur les lieux. À l'extérieur de l'établissement, les agents se retrouvent face à deux individus, dont l'un est manifestement en état d'ébriété avancée. L'homme alcoolisé souhaite retourner à l'intérieur du restaurant pour poursuivre la confrontation.

La situation dégénère rapidement : l'individu commence à insulter et menacer les agents présents. Lorsque les policiers tentent de l'interpeller, il résiste activement. Son compagnon représente également une menace potentielle. Les municipaux demandent alors des renforts à la police nationale, mais ces renforts ne se matérialiseront jamais.

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"Il fallait évacuer la zone au plus vite, on a chargé le suspect et on est parti", explique l'ancien policier municipal d'Alès, muté depuis cette affaire. Une fois menotté et installé dans le véhicule, le suspect aurait été frappé. "Avec le plat de la main, concède l'agent. Il a fallu employer cette technique car l'intervention l'a commandé. Il y avait urgence à quitter le secteur. Un attroupement commençait à se former."

Versions contradictoires au commissariat

L'équipage se rend ensuite au commissariat pour remettre l'individu interpellé à l'officier de police judiciaire chargé de le placer en garde à vue. C'est à ce moment précis que les versions des différents services de police commencent à diverger radicalement.

Pour les policiers municipaux, le suspect est arrivé au commissariat avec seulement "quelques égratignures au visage comme l'indique la fiche de remise à disposition". Selon leur récit, c'est donc au commissariat que l'homme aurait été blessé.

Les policiers nationaux contestent fermement cette version : "Le chef de poste a commis une faute, explique un policier national depuis le banc des prévenus, il n'a pas effectué de vérification sur l'individu. Le suspect était déjà blessé à son arrivée."

Une victime avec des séquelles importantes

L'homme, aujourd'hui âgé de quarante ans, a perdu trois dents lors de cet incident. Une de ces dents sera d'ailleurs retrouvée sous le banc du commissariat. Interrogé sur ces importantes blessures au visage, il avoue "ne plus se souvenir de rien. J'étais KO dans la voiture. Je me suis réveillé sur un banc, menotté, au commissariat."

Même le personnel soignant de l'hôpital n'aurait pas immédiatement remarqué ces blessures. "Il était très agité, on a pu passer à côté", déplore un policier national qui décrit une scène particulièrement chaotique lors du transfert de menottes entre les deux services.

"On s'est mal débrouillé, le suspect s'est agité, il s'est retrouvé débarrassé des menottes. Pour l'entraver de nouveau il a fallu l'emmener au sol. On était quatre pour le maîtriser", ajoute-t-il.

L'intervention de l'IGPN et les réquisitions du parquet

Chaque service étant resté campé sur ses positions pendant toute la durée de l'information judiciaire, l'arrivée de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) a permis de "remettre un peu de vérité dans le dossier. Les policiers ne vont plus pouvoir se couvrir mutuellement", s'indigne Me Jean-Faustin Kamdem, l'avocat du prévenu-victime.

Le représentant du ministère public, Abdelkrim Grini, s'interroge quant à lui sur les circonstances exactes des blessures : "Est-ce à ce moment-là que l'homme a été blessé ? A-t-il heurté le sol avec sa tête au moment du plaquage ?"

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Dans ses réquisitions, le procureur reconnaît que l'homme, avec près d'un gramme d'alcool dans le sang, a bien déclenché une rixe et outragé les policiers. Mais il nuance immédiatement : "Pour autant l'usage de la force par les policiers doit être maîtrisé."

Quatre prévenus et des peines requises contrastées

À la barre du tribunal d'Alès se trouvent quatre prévenus : deux policiers nationaux, un policier municipal, et l'homme à la fois auteur de la bagarre initiale et victime des violences.

Le magistrat requiert dix mois de prison dont cinq avec sursis probatoire et 500 euros d'amende pour l'homme qui a perdu ses dents. Concernant les deux policiers nationaux, il demande la relaxe.

À l'encontre du policier municipal, le procureur réclame de huit à dix mois de prison avec sursis probatoire, 1 000 euros d'amende, et refuse la demande de dispense d'inscription de la peine au casier judiciaire. Cette dernière position signifie concrètement que si le policier municipal est effectivement condamné, il ne pourra plus exercer sa profession.

Un verdict attendu avec impatience

La décision du tribunal est attendue pour le 26 mai prochain. Cette affaire, qui traîne depuis plus de quatorze ans, met en lumière non seulement des violences policières présumées, mais également les tensions persistantes entre différents corps de police dans l'exercice de leurs fonctions.

Au-delà des responsabilités individuelles, ce procès interroge sur les protocoles d'intervention, les chaînes de commandement, et les mécanismes de contrôle au sein des forces de l'ordre. La question de l'usage proportionné de la force, particulièrement dans des contextes tendus impliquant des individus en état d'ébriété, reste au cœur des débats judiciaires.