En Algérie, la pratique du yoga suscite une vive controverse. Des oulémas, autorités religieuses musulmanes, ont récemment exprimé leur opposition à cette discipline, l'accusant de promouvoir des croyances incompatibles avec l'islam. Cette prise de position intervient dans un contexte où le yoga gagne en popularité, notamment dans les grandes villes du pays.
Une fatwa contre le yoga
Le 17 janvier 2023, l'Association des oulémas algériens a publié une fatwa (avis religieux) déclarant le yoga "haram" (interdit) pour les musulmans. Selon eux, le yoga serait une pratique "idolâtre" et "païenne", car il implique des postures et des méditations issues de l'hindouisme et du bouddhisme. "Le yoga n'est pas un simple exercice physique ; il comporte des rites et des croyances qui contredisent les principes de l'islam", a affirmé le président de l'association, Cheikh Abdellah Ben Ali.
La réponse des pratiquants
Les adeptes du yoga en Algérie dénoncent une "instrumentalisation" de la religion. "Le yoga est pour moi une pratique de bien-être, pas une religion. Je ne vois pas en quoi cela porte atteinte à ma foi", explique Amina, une pratiquante de 34 ans à Alger. Selon elle, la polémique reflète une méconnaissance du yoga, qui peut être adapté à toutes les croyances. "De nombreux musulmans pratiquent le yoga sans problème. C'est une question de liberté individuelle", ajoute-t-elle.
Un phénomène en expansion
Le yoga connaît un essor notable en Algérie depuis quelques années. Selon une étude de l'Institut national de la santé publique, le nombre de pratiquants réguliers a augmenté de 30 % entre 2018 et 2022. Des clubs et des studios ont ouvert à Alger, Oran et Constantine, attirant une clientèle principalement féminine et urbaine. Cette croissance s'inscrit dans une tendance mondiale, mais aussi dans un contexte local de recherche de bien-être face au stress de la vie quotidienne.
Un débat plus large sur la spiritualité
Cette controverse s'ajoute à d'autres débats en Algérie sur la place des pratiques spirituelles non musulmanes. En 2021, des oulémas s'étaient déjà opposés à la pratique de la méditation transcendantale. Pour le sociologue Karim B., spécialiste des religions, "ces attaques révèlent une inquiétude face à la diversification des croyances et des pratiques dans la société algérienne. L'islam reste majoritaire, mais des influences extérieures, notamment via Internet, modifient les comportements".
Les autorités religieuses divisées
Tous les oulémas ne partagent pas cet avis. Certains modérés estiment que le yoga peut être pratiqué sans conflit avec l'islam, à condition d'en exclure les aspects spirituels non musulmans. "On peut faire du yoga comme exercice physique, sans les chants ou les méditations bouddhistes", nuance Cheikh Mohamed, imam d'une mosquée à Alger. Cette position rejoint celle de nombreux pratiquants, qui insistent sur la dimension laïque de leur pratique.
Impact sur la pratique
Pour l'instant, la fatwa n'a pas de conséquence juridique, mais elle pourrait influencer l'opinion publique et freiner l'essor du yoga. Certains clubs ont déjà signalé une baisse de fréquentation depuis l'annonce. "Certains élèves ont peur d'être stigmatisés. Ils viennent en cachette ou annulent leurs inscriptions", confie un professeur de yoga à Alger. La polémique a également suscité des débats sur les réseaux sociaux, où partisans et détracteurs s'affrontent.
Conclusion
La controverse autour du yoga en Algérie illustre les tensions entre tradition et modernité dans un pays où l'islam est religion d'État. Alors que la pratique continue de se développer, le débat sur sa compatibilité avec l'islam reste ouvert. Pour l'instant, les pratiquants espèrent que la raison l'emportera et que le yoga pourra continuer à être une source de bien-être pour tous.



