La mort mystérieuse de Robert Boulin en 1979
Le 30 octobre 1979, à 8 h 40 du matin, le corps de Robert Boulin, ancien ministre du Travail sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing et député-maire de Libourne en Gironde pendant vingt ans, est découvert dans l'étang Rompu, en forêt de Rambouillet. Une heure plus tard, les autorités annoncent un suicide par noyade, marquant le début d'un dossier noir du gaullisme et de la Ve République.
Les circonstances troubles du décès
La veille de sa mort, Robert Boulin aurait envoyé des lettres à plusieurs médias, dont Sud Ouest, et à des personnalités politiques comme Jacques Chaban-Delmas, maire de Bordeaux. Dans ces courriers, il évoquait son déshonneur après sa mise en cause dans une affaire d'escroquerie liée à l'achat d'un terrain à Ramatuelle en 1974. Une première autopsie, jugée bâclée, n'examine pas le crâne de la victime. Un mois plus tard, la police conclut officiellement à un suicide par noyade après absorption de Valium.
Les doutes de la famille et les rebondissements judiciaires
Le 7 juin suivant, la veuve et les enfants de Robert Boulin déposent plainte contre X pour homicide volontaire, convaincus que l'ancien ministre a été assassiné. Une deuxième autopsie révèle alors plusieurs fractures au visage et indique que le corps a été déplacé. En 1991, le 20 septembre, la juge d'instruction Laurence Vichnievsky ordonne un non-lieu dans l'instruction pour meurtre. Cependant, la famille, notamment sa fille Fabienne Boulin-Burgeat, ne baisse pas les bras. En 2010, elle demande une réouverture de l'enquête, insistant sur la nécessité de tests ADN sur les lettres envoyées par son père. Le 10 juin, le procureur général de Paris rejette sa demande, après la disparition de scellés la veille.
Les développements récents et les témoignages clés
En 2015, Fabienne Boulin-Burgeat dépose une nouvelle plainte contre X à Versailles pour enlèvement et séquestration présumée. Le 11 septembre de la même année, le parquet de Versailles annonce l'ouverture d'une information judiciaire pour arrestation, enlèvement et séquestration suivis de mort ou assassinat. Malgré cela, l'enquête piétine. En 2019, la justice ordonne une expertise pour déterminer les causes de la mort, et Fabienne organise une reconstitution à l'étang Rompu. En 2020, un nouveau rapport médico-légal, dévoilé par Fabienne, réfute pour la première fois la thèse du suicide par noyade. En parallèle, elle assigne l'État en juin 2021 pour faute lourde, estimant que la justice a failli.
Les révélations et les drames ultérieurs
En 2024, on apprend qu'un nouveau témoin a relancé en juin 2023 l'enquête en cours depuis 2015, alors qu'elle s'acheminait vers un non-lieu. Son récit pointe vers le SAC, le Service d'Action Civique, le service d'ordre du parti gaulliste. Selon lui, plusieurs hommes du SAC auraient violenté Boulin pour le détourner de ses ambitions politiques, et l'opération aurait mal tourné. En 2025, dans la nuit du 29 au 30 août, un témoin clé est pris pour cible par des tirs en Bretagne, dans le Morbihan. Cet ancien du milieu avait confié en 2023 à une juge d'instruction les noms de deux possibles commanditaires et la plaque d'immatriculation d'un des probables tueurs. En 2026, Elio Darmon, dont le témoignage sur le rôle du SAC avait relancé l'enquête, est retrouvé mort à Brandérion dans le Morbihan. Déjà cible de tirs en 2025, il disparaît alors qu'il devait être entendu par le pôle cold cases de Nanterre, privant l'instruction de son témoin le plus direct.
Cette affaire reste l'une des énigmes les plus tenaces de l'histoire politique française, avec des questions persistantes sur les circonstances de la mort de Robert Boulin et les possibles implications de groupes liés au gaullisme.



