Affaire « pêche aux bicots » : un ex-chef de la BAC de Nice sort du silence
Affaire pêche aux bicots : ex-chef BAC Nice sort du silence

Affaire de la « pêche aux bicots » : l'ancien chef de la BAC de Nice brise le silence

Empêtré dans une affaire mêlant accusations de harcèlement, de discrimination et d'abus d'autorité, Eric C., ancien chef de groupe à la brigade anti-criminalité (BAC) de Nice, veut rétablir sa version des faits. Il se dit maladroit, mais pas malintentionné.

Soutenu par son avocat, Maître Pierre-André Picon, le policier de 57 ans devrait être auditionné prochainement. Avec plus de 35 ans de service, dont près de 30 à la BAC, il décrit une carrière « classique », sans blâme, uniquement des lettres de félicitations. Chef de groupe durant plusieurs années, il encadrait une unité réputée performante : « Mon officier était très content, nous étions la brigade avec les meilleurs résultats ».

Les premières tensions avec la nouvelle recrue

La situation bascule en septembre 2024 avec l'arrivée d'une brigadière-cheffe originaire du Nord. Le 5 février, celle-ci dépose plainte pour harcèlement moral, discrimination, faux en écriture publique, violences volontaires et abus d'autorité. Dès son arrivée, un premier point de friction survient : Eric C. lui fait passer un entretien téléphonique, comme il le fait avec tous les nouveaux arrivants. Chaima (prénom modifié), d'origine marocaine, est notamment questionnée sur sa pratique religieuse. Le policier reconnaît lui avoir demandé « si elle faisait le ramadan, buvait de la bière et mangeait du porc », invoquant des raisons organisationnelles liées aux repas d'équipe et à la gestion des plannings pendant le jeûne. Il admet aujourd'hui une « maladresse » envers cette collègue, seule agent d'origine maghrébine dans un groupe de douze.

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Accusations de harcèlement et discrimination

La situation se dégrade au fil des semaines. La policière dénonce une pression constante : appels répétés, surveillance accrue et critiques fréquentes. Eric C. y voit un encadrement normal face à une recrue qu'il juge « pas à la hauteur » et qui « mettait tout le monde en danger ». Il évoque un manque d'anticipation lors d'interpellations, une mauvaise manipulation de l'équipement et des difficultés à conduire à Nice. « Elle était chef de bord en plus. C'est normal que je l'appelle, comme je le fais avec les autres. C'était juste mon rôle de chef en fait. Et en fin de compte, on lui demande gentiment de quitter l'unité, puisqu'elle ne fait pas la maille. Et c'est ce qui a déclenché tout ça », explique-t-il.

D'autres éléments alourdissent le dossier : des congés refusés et des messages à connotation raciste échangés dans un groupe professionnel. Selon une capture d'écran WhatsApp consultée par StreetPress, un agent évoque une intervention à venir en parlant de « pêche aux canards ». Un gardien de la paix répond : « C'est bon ça, la pêche aux bicots ». Le chef de groupe et son adjoint auraient assisté à cet échange sans réagir.

Enquête administrative : « J'ai été blanchi »

Alertée par Chaima, la hiérarchie déclenche une enquête interne qui relève des propos sexistes et discriminatoires. Eric C. conteste ces conclusions, affirmant avoir été « blanchi » des accusations de harcèlement et de racisme. Un supérieur lui aurait présenté des excuses et proposé de réintégrer son poste. « On m'a dit que j'avais été maladroit, mais que ce n'était pas répréhensible », assure-t-il. Il préfère néanmoins prendre du recul et devient délégué syndical à Unité, où il découvre « un autre côté du métier ».

La promotion qui fait débat

Quatre mois après sa nomination syndicale, il reçoit la médaille d'honneur de la Police nationale échelon Or (35 ans de service) et devient major. Une progression qu'il juge « normale », arguant qu'à ce moment-là, « il n'y avait rien » contre lui. Le parquet de Nice avait confirmé l'ouverture d'une enquête préliminaire et la saisine de l'IGPN. Des convocations ont été envoyées. Eric C. aborde la suite avec sérénité : « J'ai 57 ans, ma carrière est derrière moi, je n'ai rien à prouver ».

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