À Nice, adieu émouvant à Adisson, victime collatérale du narcotrafic
Adieu à Adisson, victime collatérale du narcotrafic à Nice

Des lamentations s’envolent dans le ciel azur immaculé, au pied des barres HLM des Moulins. La mère d’Adisson Da Veiga pleure son fils. Sa douleur fend le silence des proches réunis autour d’elle, écrasés par le poids du deuil et la chaleur accablante. Ils partagent des regards tristes, des étreintes de réconfort. Toute une communauté, tout un quartier dit adieu au père de famille tombé sous les balles, à l’âge de 37 ans, le 11 mai 2026 à Nice.

Un hommage après quinze jours d’attente

Quatre jours après les obsèques d’Ahmed Nhacha, un hommage a été rendu ce mardi à l’autre victime abattue par le tueur à la trottinette. Toutes deux étaient « totalement inconnues en matière de législation sur le trafic de stupéfiants », dixit le procureur de la République de Marseille, Nicolas Bessone. Adisson Da Veiga, dit « Zou », était lui aussi attablé au « Palais sucré », place des Amaryllis. Deux des huit victimes ont succombé à leurs blessures.

« C’est malheureux, très malheureux pour le quartier, tout ce qui se passe, soupire Zoubir, le président de l’association OMCA (organisation des musulmans de la Côte d’Azur). C’était quelqu’un de connu, très estimé par les résidents des Moulins. Il était très impliqué dans les associations. On discute souvent avec son petit frère. Ça fait mal, très très mal… »

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« La plaie n’est pas refermée, et voilà un autre drame »

La famille de « Zou » aura donc dû patienter quinze jours pour pouvoir célébrer ses obsèques. « Le temps des autopsies, des autorisations..., énumère Zoubir. Et à moment donné, il n’y avait pas de place. C’est le gros problème de la communauté musulmane à Nice. » Adisson Da Veiga doit en effet reposer au carré musulman du cimetière de l’Est, où il a été inhumé ce mardi après-midi.

Un peu plus tôt, c’est aux Moulins, à la mosquée d’Al Salaam, que sa mémoire est honorée. Un hommage dans le calme, loin des tensions autour de la marche blanche organisée samedi. La salle peine à accueillir la foule venue s’associer à la prière du Dhor, puis à la prière mortuaire de Janaza. Les trois enfants de « Zou » sont présents, avant de repartir avec leur mère.

« Deux drames, déjà... », constate Zoubir, en songeant à la fusillade meurtrière du 3 octobre dernier sur la même place. « C’était hier !, s’exclame le responsable associatif. La plaie est toujours là. Elle n’est pas refermée et voilà un nouveau drame... » Nous avions alors rencontré Adisson. « Ce n’est pas la première, ce ne sera pas la dernière », nous avait-il confié.

« On a peur pour l’avenir, peur pour nos enfants »

« C’est triste d’apprendre qu’on peut mourir comme ça, à tout moment, qu’on soit délinquant ou non, témoigne Chakir, 35 ans, en regardant s’ébranler le cortège funéraire. C’est un choc pour tout le monde, pour toutes les communautés, pas seulement musulmane. On a peur pour l’avenir, peur pour nos enfants. J’ai trois filles, je me dis qu’elles ne sont pas vraiment en sécurité ici. J’ai peur pour elles, peur pour moi-même. C’est inquiétant. »

Comme d’autres participants, cet ambulancier est venu d’un autre quartier, et même d’une autre commune, la Trinité, « à côté de l’Ariane ». À quelques pas, un groupe de mères de famille refuse poliment de s’exprimer. « Je n’ai pas de mot, s’excuse l’une d’elles. Trop de douleur. Voyez par vous-même… »

Après les incantations, les lamentations. « Zou », l’entraîneur de foot des gamins de l’AS des Moulins, quitte une dernière fois ce quartier qu’il aura marqué de son empreinte. Le fourgon des pompes funèbres était garé au pied du bâtiment 38, celui-là même où un incendie criminel a décimé une famille comorienne innocente, le 18 juillet 2024. Aux Moulins, les séquelles de la guerre du narcotrafic ne sont jamais loin.

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