Dix ans après l'attentat meurtrier de la Promenade des Anglais, Charles-Ange Ginésy, aujourd'hui président du Département des Alpes-Maritimes, se remémore cette nuit tragique du 14 juillet 2016, la mobilisation exceptionnelle des secours et les dispositifs pérennes qui en ont découlé pour soutenir les victimes et anticiper l'avenir. « Ça a été une sorte de chape de plomb qui nous est tombée sur la tête », confie-t-il.
Une nuit de confusion et d'effroi
« Ça m'amène des souvenirs douloureux et traumatisants », résume Charles Ange Ginésy. Ce soir-là, il était dans son domicile à Valberg quand il a été alerté par les pompiers. « À cet instant, la confusion régnait : les autorités redoutaient un suraccident et les consignes de sécurité ordonnaient d'enfermer les gens dans les restaurants, craignant que l'attentat ne soit pas terminé. Personne ne pouvait imaginer que ce soit le fait d'une personne isolée », poursuit celui qui était alors premier vice-président du département sous la présidence d'Éric Ciotti.
« En arrivant sur site, j'ai vu l'effroi dans lequel la population se trouvait. J'étais complètement abasourdi de voir la destruction massive qu'il y avait sur cette Promenade des Anglais et le désarroi de toutes celles et ceux qui étaient encore là », se souvient-il.
Une mobilisation exceptionnelle des secours
Face à l'ampleur du drame, le plan Orsec-Novi, conçu pour la prise en charge d'un très grand nombre de victimes, a été déclenché à une échelle inédite. « Les secours ont fait preuve d'un courage exceptionnel. Je les ai vus agir avec la maîtrise et le sang-froid », se rappelle celui qui est aujourd'hui président du Sdis (service départemental d'incendie et de secours). En l'espace de quelques heures, entre 30 et 40 officiers, encadrés par le colonel Riquet, ainsi que des médecins, infirmiers et psychologues, ont été déployés sur le site.
Parallèlement, les services du Département ont fait preuve d'une réactivité exemplaire. La Maison du Département, située dans le centre de Nice, a été ouverte en urgence au cœur de la nuit pour accueillir les victimes et leurs proches. Près de 250 agents se sont mobilisés spontanément jusqu'au petit matin pour faire face à la peur panique, écouter les personnes désorientées à la recherche de leurs proches disparus et faire le lien avec les hôpitaux. Des groupes de parole et d'écoute ont été immédiatement créés, énumère-t-il.
Un plan départemental de soutien aux victimes
Dès le 22 juillet 2016, l'Assemblée départementale a voté à l'unanimité un plan départemental de soutien aux victimes. Ce dispositif prévoyait notamment une aide exceptionnelle pour les enfants devenus pupilles du département, leur octroyant une allocation de 500 euros par mois jusqu'à leur majorité. Dix ans plus tard, 9 jeunes bénéficient encore de ce soutien.
Le Département a également débloqué d'importants moyens financiers pour les associations spécialisées dans l'aide aux victimes. En dix ans, ces structures ont perçu 652 000 euros pour accompagner la reconstruction des familles et le devoir de mémoire, complétés par une aide indépendante à la fondation Lenval pour la prise en charge psychologique des enfants.
Une réserve opérationnelle départementale créée
Conscient que de tels drames restent possibles, le Département a souhaité se préparer au pire. Les tragédies successives – l'attentat de 2016, la tempête Alex puis l'attaque de la basilique Notre-Dame en 2020 – ont fait germer l'idée d'une force d'intervention rapide. En 2025, une réserve opérationnelle départementale a ainsi vu le jour. Reposant entièrement sur le volontariat, elle a mobilisé 155 agents dès sa première édition et en compte aujourd'hui 229. Composée de cadres, d'agents de terrain, de personnels des collèges ou de l'administration, cette réserve garantit une opérationnalité immédiate en cas de nouveau coup dur.
« Il faut se mettre dans l'idée que les choses peuvent toujours arriver. Faisons en sorte qu'elles n'arrivent pas, mais si elles arrivent, soyons prêts au pire », résume Charles Ange Ginésy.



