Montrouge forme ses policiers municipaux aux violences conjugales
Montrouge forme ses policiers aux violences conjugales

Une salle, deux formatrices, sept policiers municipaux, cinq hommes et deux femmes, réunis à l’Hôtel de police Clarissa-Jean-Philippe de Montrouge (Hauts-de-Seine) pour une journée entière consacrée aux violences conjugales. Cette formation, coordonnée par Charlotte Baelde du centre Hubertine Auclert à la demande de la région Île-de-France, visait à apprendre aux agents à réagir, repérer et guider les femmes victimes qu’ils peuvent rencontrer dans leur service. 20 Minutes a pu assister à une heure de cette session, où les bases ont été posées.

Distinguer conflit et violence : un enjeu crucial pour les primo-intervenants

« Quelle est la différence entre un conflit ou des violences ? », a interrogé l’une des formatrices. Les réponses des policiers ont fusé, parfois hésitantes : « La violence, c’est quand il y a des gestes, le conflit quand il y a des paroles. » Une distinction pas tout à fait exacte, selon les intervenantes. Pour ces agents, souvent appelés au domicile d’administrés, il est essentiel de différencier une simple dispute de couple d’une relation toxique et violente. La formation a passé en revue des notions comme l’emprise, le contrôle coercitif et le viol conjugal.

« Déconstruire certaines images, ça les ancre dans la réalité », explique Charlotte Baelde, également adjointe au maire de Montrouge. Les agents ont reçu des outils concrets, comme des schémas sur le « cycle des violences », qui aident à identifier l’étape dans laquelle se trouve la victime. « Quand elles vont voir les autorités, elles sont souvent dans la phase de l’agression, c’est le moment où elles sont le plus vulnérables, sous la terreur, pas lucides, perturbées », souligne une formatrice. Conséquence : « Ce n’est pas forcément le meilleur moment pour prendre la plainte. » Un « violentomètre », grille d’évaluation du danger, a également été présenté.

Mieux orienter les victimes grâce aux associations locales

Mieux informés, les policiers municipaux peuvent faire des choix plus adaptés, expliquer aux victimes le schéma dans lequel elles sont probablement enfermées et les accompagner vers des structures spécialisées. C’est là qu’intervient l’association Flora Tristan, qui héberge des femmes victimes de violences et prend en charge le taxi ou le Uber si nécessaire. Une découverte pour les agents de Montrouge, qui ignoraient cette solution. « C’est un lien qui manquait entre les forces de l’ordre et la police », reconnaît Charlotte Baelde.

La formation a aussi permis d’aborder les différents types de violences : économiques, physiques, psychologiques, administratives, et les cyberviolences. Selon l’Observatoire des violences faites aux femmes, « toutes les 23 secondes, une femme est victime de harcèlement, d’exhibition sexuelle ou d’envoi d’images à caractère sexuel ». Pourtant, quand la formatrice a demandé si quelqu’un connaissait le « revenge porn », un « non » unanime a répondu dans la salle.

Un besoin d’outils chez les policiers municipaux

Le chef de la police municipale de Montrouge, David Maniak, ne cache pas son enthousiasme : « Oui, ce ne sont pas des choses à prendre à la légère », d’autant que les policiers municipaux sont souvent « primo intervenants ». Pour cette journée, il a eu « énormément de volontaires » et n’a pas pu satisfaire tout le monde, au risque de déserter les rues de Montrouge. Certains agents sont même venus sur leur jour de congé, signe d’une soif d’apprendre. « Ce n’est pas simple de savoir gérer les violences intrafamiliales, on a besoin d’outils et on n’a pas cette formation dans les bases de policiers », regrette David Maniak.

Les victimes de violences physiques, psychologiques, sexuelles ou économiques peuvent appeler le 3919.