Eric Briquet-Campin, directeur de l'école élémentaire de Font-Pré à Toulon, part à la retraite ce vendredi après 42 ans de carrière. À 65 ans, il tire sa révérence, les yeux embués mais sans regret. « Cette année, il y a eu une dernière fois tous les jours », confie-t-il.
Un parcours débuté en 1984
Entré à l'école normale en 1981 à Draguignan, le jeune diplômé a commencé à enseigner en 1984 dans les écoles Dutasta et Lafayette, aujourd'hui disparues, dans la basse ville de Toulon. Après deux ans à Fox-Amphoux, il revient à Toulon en 1988 à l'école La Beaucaire, dont il prend la direction en 1994.
À cette époque, l'éducation prioritaire se met en place. Eric Briquet-Campin se souvient : « À l'époque, j'ai une machine à écrire, et un duplicateur à alcool pour les polycopies. »
Sous le Front national à La Beaucaire
La période est marquée par l'arrivée du Front national à la mairie de Toulon en 1995. « Se retrouver directeur pendant cette période d'incertitude, c'est quelque chose de marquant », glisse-t-il. Il évoque la visite de Danielle Mitterrand et Fodé Sylla, président de SOS Racisme, à La Beaucaire : « On n'avait pas l'autorisation de les recevoir dans l'école. Et c'est le curé qui nous avait mis une petite salle en dessous de l'église à disposition ! »
Une parenthèse de sept ans
En 2004, ce Toulonnais, également arbitre international de rugby depuis 1989, quitte l'éducation pour une parenthèse de sept ans : il travaille à la Fédération des œuvres laïques, puis devient directeur de cabinet du maire du Pradet, Claude Mesengroas. Il revient en 2014 comme directeur de l'école Debussy, puis de Font-Pré en 2022.
Un métier d'utilité publique
Selon lui, le métier a « considérablement évolué, c'est presque étourdissant ». Mais deux choses demeurent : « C'est un métier d'utilité publique », commente celui qui n'a « quasiment jamais quitté l'éducation prioritaire ». « Et c'est avec ces enfants, ces familles qui ont vraiment besoin de nous, de ces valeurs, d'égalité républicaine, qu'il prend tout son sens. »
La chorale, fil rouge de sa carrière
Autre constante : la chorale. Eric Briquet-Campin l'a mise en place dans chaque établissement. « Je suis d'une génération qui chantait beaucoup dans les classes, livre-t-il les yeux brillants. Le chant, ça fédère, ça rassemble, ça panse les plaies… »
Des projets pour la retraite
S'il ne sait pas encore précisément de quoi demain sera fait, il envisage de « m'occuper de la chorale à l'école Polygone, où ma femme est directrice ». Le rugby ne sera pas loin, et il a des projets de livres. « Ce qui est sûr, c'est qu'il y aura des engagements. Je ne peux pas rester dans mon canapé. »
Ce mercredi soir, une petite cérémonie réunit ses proches et collègues. « Je ne sais pas comment je vais gérer le changement de rythme et de pression, confie-t-il. À quel point cette hyperactivité va me manquer. Mais aller m'asseoir au bord de l'eau, face à la mer, profiter des rayons du soleil, refaire le monde avec des potes, dire des bêtises, m'ennuyer… Ça, j'ai hâte ! »



