Parcoursup : un mirage d'égalité face à l'orientation des lycéens ?
Depuis son lancement en 2018, la plateforme Parcoursup a été présentée comme un gage de démocratisation de l'accès à l'enseignement supérieur. Pourtant, au fil des sessions, une question cruciale resurgit : cette procédure tend-elle à amplifier ou à enrayer les inégalités entre les lycéens ? Selon leur établissement d'origine, leur origine sociale ou leur ancrage géographique, les candidats ne disposent pas du même capital informationnel sur les rouages complexes de l'enseignement supérieur.
Une jungle informationnelle dès l'ouverture de la plateforme
Bien que la campagne Parcoursup débute officiellement chaque année en décembre, pour les acteurs du supérieur, elle commence plus tôt. Dès octobre, les cartes d'identité des formations sont mises à jour, présentant les prérequis, les données statistiques et les critères d'analyse des dossiers. Ces éléments standardisés, recensés sur une carte interactive couvrant 24 000 formations, devraient constituer une base solide pour un choix éclairé.
Pourtant, l'examen des candidatures n'obéit pas à des règles systématiques. Prenons l'exemple d'une licence en sciences de l'éducation et de la formation : le poids des résultats scolaires dans le classement varie considérablement d'une université à l'autre. Il serait de 17 % à l'Université Rennes-2, de 99 % à l'Université de Rouen-Normandie, 10 % à l'Université de Lille ou encore 30 % à CY Paris Cergy Université. Ces différences illustrent un élément souvent mal compris : les établissements du supérieur jouent un rôle central, définissant des critères de recrutement propres.
Le paramétrage local et ses conséquences sur l'équité
À l'issue de la formulation des vœux, chaque formation met en place une commission d'examen qui analyse les candidatures selon des critères spécifiques. Ce paramétrage local donne lieu à un classement transmis à Parcoursup, modéré par les taux de candidats boursiers et hors région. Cette étape révèle une grande complexité dans les calculs. Certaines formations optent pour une neutralisation en ne considérant que la moyenne générale et les épreuves anticipées du baccalauréat, tandis que d'autres attribuent des coefficients variables à certaines matières ou accordent des points supplémentaires à des filières spécifiques.
Cette hétérogénéité tient autant au mode de gouvernance des universités qu'aux logiques d'action des membres des commissions, qui valorisent chaque élément selon leur représentation de l'étudiant idéal. Paradoxalement, les candidats les mieux classés viennent rarement, avec un taux de rétention dépassant difficilement les 20 % à l'université.
Le capital informationnel : un nouveau facteur d'inégalité
La marchandisation croissante de l'orientation, combinée à une démarche d'orientation active, traduit une nouvelle forme de capital nécessaire : le capital informationnel. Ce capital implique non seulement de trouver et trier l'information, mais aussi de s'en emparer pour se projeter, révélant le caractère éminemment social d'une telle disposition. Ce capital s'inscrit principalement dans l'héritage familial et, à la marge, dans la sociabilité entre pairs au sein d'établissements marqués par la ségrégation socio-scolaire.
Dans cette jungle informationnelle, les élèves de terminale sont pressés de formuler leurs vœux entre janvier et mars. Cette étape constitue un véritable défi, puisqu'il s'agit de l'aboutissement du processus de construction, d'expression et de formalisation des aspirations. Trois logiques de formulation des vœux ont été identifiées :
- Le vœu unique
- La multiplication des vœux
- Les filières refuges
Ces logiques dépendent avant tout du degré de précision des aspirations des candidats, mais également de leur sentiment de capacité à réussir face à l'incertitude et à la compétition générées par Parcoursup.
Une procédure qui ne garantit ni égalité d'information ni égalité des chances
Au final, on ne peut affirmer que Parcoursup a systématiquement conduit à une sélection à l'entrée de l'université, tant la mise en œuvre s'avère hétérogène. On peut toutefois convenir qu'elle a introduit la possibilité de sélectionner des étudiants idéaux, voire d'écarter certains profils scolaires. Sans conclure à un renforcement systématique des inégalités depuis 2018, on ne saurait non plus affirmer que la procédure a enrayé les disparités du processus d'orientation.
L'intérêt principal de Parcoursup est sans doute d'avoir mis en lumière que l'égalité d'accès à l'information ne constitue pas plus une réalité que l'égalité des chances. La plateforme, bien que conçue pour rationaliser et démocratiser l'accès à l'enseignement supérieur, révèle et parfois amplifie les inégalités préexistantes, notamment à travers la variabilité des critères de sélection et la complexité du capital informationnel requis.



