L’intelligence artificielle va faire son entrée concrète dans les salles de classe. À compter de la rentrée 2027, les élèves de seconde bénéficieront d’une heure d’enseignement dédiée chaque semaine, intégrée au cours de sciences numériques et technologie. L’objectif affiché est de donner aux lycéens les clés pour comprendre un outil déjà omniprésent.
Une annonce officielle à VivaTech
L’annonce a été faite ce vendredi par le Premier ministre, Sébastien Lecornu, en marge du salon VivaTech à Paris. Sur le réseau social X, il insiste sur l’urgence : « Nous ne pouvons pas laisser une génération entière découvrir l’intelligence artificielle sans lui donner les clés pour la comprendre et donc la maîtriser ». Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, avait lui aussi évoqué la mesure quelques instants plus tôt. « Tous les élèves français de première année de lycée bénéficieront d’un enseignement dédié à l’IA. Ce sera la première fois que tous les élèves en France disposeront d’un dispositif permanent et spécifique ».
Comprendre, maîtriser… et éviter les dérives
Dans le détail, cet enseignement doit couvrir des sujets variés : fonctionnement des modèles, usages, mais aussi enjeux éthiques et souveraineté numérique. L’idée est aussi de développer l’esprit critique des élèves face aux contenus générés par IA. Sébastien Lecornu le résume ainsi : « fonctionnement des modèles, usages, éthique, souveraineté numérique, esprit critique face aux manipulations et aux fausses informations… Notre école doit préparer les jeunes au monde qui vient ». Une manière de poser l’IA comme un enjeu éducatif majeur dès le lycée.
Cette annonce s’inscrit dans la continuité de premières mesures annoncées en 2025. À l’époque, la ministre de l’Éducation, Elisabeth Borne, avait prévu une formation en ligne à l’IA pour collégiens et lycéens, avec des sessions obligatoires en 4e et en seconde. Mais selon une source syndicale, cette formation a été peu mise en œuvre.
Former à l’IA et limiter les écrans
Cette nouvelle mesure ne fait pourtant pas l’unanimité. « Il est évident qu’il faut former les jeunes à une vision réfléchie de l’IA, c’est bien le rôle de l’école. Mais il faut aussi que l’école ne soit pas le lieu où les élèves sont aussi surexposés à l’IA », a réagi Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU. La responsable syndicale s’interroge aussi sur les conditions concrètes. « La durée hebdomadaire de ce cours est d’une heure et demie », souligne-t-elle, appelant à « une clarification ».
Le gouvernement assume une approche globale. Pour Sébastien Lecornu, enseigner l’IA va de pair avec une réflexion sur l’usage du numérique chez les jeunes, notamment les réseaux sociaux. Il souligne ainsi que « former à l’IA » et « réduire l’exposition aux écrans », comme avec le projet d’interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, « participent d’une même ambition : faire de nos élèves des citoyens libres, autonomes. Condition de notre souveraineté collective ».
Au-delà de l’école, cette réforme s’inscrit dans une volonté d’accélérer sur l’intelligence artificielle au niveau national. La veille de VivaTech, Sébastien Lecornu avait déjà affiché ses ambitions. Le Premier ministre a évoqué la nécessité de bâtir « une véritable autonomie stratégique », avec notamment 655 millions d’euros d’investissements supplémentaires dans l’IA. Il a aussi annoncé vouloir prendre ses distances avec l’américain Palantir, utilisé par la DGSI, au profit d’une solution française.



