Grand oral du bac : les conseils d'examinateurs et d'anciens candidats pour se préparer à cette épreuve stressante
Le grand oral du baccalauréat représente une épreuve particulièrement stressante pour de nombreux candidats. Cette évaluation de vingt minutes, inaugurée l'année dernière, fait appel autant à l'éloquence et à l'assurance qu'aux connaissances académiques pures. Les élèves de terminale doivent désormais s'y confronter à partir de ce lundi, dans le cadre de la nouvelle mouture du bac version Jean-Michel Blanquer.
Une épreuve qui valorise la prise de parole en public
Créé pour préparer les jeunes à s'exprimer davantage en public en vue de leurs études supérieures et de leur vie professionnelle future, ce grand oral trouve-t-il véritablement sa place dans notre système éducatif traditionnellement plus axé sur l'écrit que chez nos voisins européens ? L'épreuve concerne spécifiquement les matières de spécialité des élèves, qui doivent préparer en amont avec leurs enseignants deux questions distinctes. Le jury, composé d'un professeur de la spécialité concernée et d'un autre enseignant dit "candide" hors spécialité, choisira ensuite l'une de ces deux questions pour l'examen.
Après vingt minutes de préparation sous surveillance dans une salle dédiée, l'élève dispose de cinq minutes précises pour exposer sa réponse à la question sélectionnée. Suivent ensuite dix minutes d'échanges interactifs avec le jury, puis cinq minutes supplémentaires de discussion centrée sur le projet d'orientation du candidat.
Les conseils pratiques des examinateurs expérimentés
Stéphane Audebeau, professeur de sciences économiques et sociales au Lycée Joliot Curie de Sète et membre du jury en 2021, témoigne : "Nous avions essuyé les plâtres car le contexte sanitaire du covid ne permettait pas aux élèves de se préparer dans des conditions optimales. Certains candidats étaient naturellement très à l'aise à l'oral, tandis que d'autres se retrouvaient rapidement déstabilisés et nécessitaient des efforts de rassurance particuliers."
La qualité des connaissances académiques ne représente en réalité qu'une partie des compétences évaluées lors de cette épreuve. Celle-ci est notée selon cinq critères distincts : la qualité des connaissances présentées, la qualité générale de l'expression orale, la capacité à prendre la parole en continu, l'aptitude à interagir avec le jury, et enfin la construction rigoureuse de l'argumentation développée.
Stéphane Audebeau insiste sur plusieurs points cruciaux : "Il est absolument essentiel de s'être entraîné suffisamment pour être concis et respecter les cinq minutes imparties, ce qui représente un temps très bref. Il faut éviter à tout prix de donner l'impression de lire ses notes de préparation, et bien structurer son exposé en insistant clairement sur sa progression logique."
Concernant l'apparence vestimentaire, le professeur recommande d'éviter le style "touriste" trop décontracté, mais également le costume trop formel : "Privilégiez des habits de lycéen classiques, corrects sans être excessivement décontractés." Compte tenu de la jeunesse relative de cette épreuve, la bienveillance du jury reste cette année encore à l'ordre du jour selon les observateurs pédagogiques.
Témoignages d'anciens candidats et difficultés rencontrées
Angel, ancien candidat alésien ayant obtenu un excellent 16 sur 20 à cette épreuve coefficient 10 l'année dernière, confirme : "C'est véritablement une épreuve qu'on redoute à l'avance. Préparer deux sujets différents demande un temps considérable, d'autant que certains élèves changent parfois de sujet en cours de route." Ayant traité un sujet de géopolitique sur le terrorisme au Moyen-Orient et un autre de SVT sur les produits dopants (finalement choisi par le jury), Angel conseille aux candidats 2022 : "Maîtriser parfaitement son sujet est fondamental car les questions du jury portent souvent sur des détails précis. Bien articuler et éviter de parler trop rapidement sous l'effet du stress sont également des éléments déterminants."
Emilie, candidate nîmoise de 2021, partage son expérience : "Quand on est peu à l'aise pour parler en public, on a tendance à surinterpréter la moindre mimique ou le moindre geste des examinateurs. Le conseil principal serait de se dédramatiser, mais c'est toujours plus facile à dire qu'à mettre en pratique concrètement."
Les défis pédagogiques et les inégalités à surmonter
Carole Nejjari, professeure d'histoire-géographie à Lodève, analyse : "Cette épreuve pourrait théoriquement contribuer à réduire certaines inégalités sociales, car la prise de parole en public s'apprend généralement moins dans les milieux défavorisés. Le problème majeur réside dans le manque de plages horaires dédiées pour préparer correctement les élèves, que ce soit en petits groupes ou de façon individualisée."
La pandémie de covid, avec le port obligatoire des masques, n'a certainement pas facilité l'apprentissage des techniques orales fondamentales. "Poser correctement sa voix, regarder son jury avec assurance, soigner son élocution : toutes ces compétences nécessitent un travail régulier et structuré", souligne l'enseignante. Un apprentissage systématique de l'oral devrait idéalement commencer dès la classe de sixième, avec une épreuve similaire prévue au brevet des collèges. "Mais cela suppose la création d'heures spécifiquement dédiées à cet exercice particulier", précise Carole Nejjari.
La question controversée de l'orientation professionnelle
La dernière partie du grand oral, consacrée à l'échange sur le projet d'orientation du candidat, suscite de vives critiques parmi de nombreux enseignants. Stéphane Audebeau, co-secrétaire académique du SNES-FSU, explique : "Cette discussion crée des inégalités manifestes car l'épreuve survient au moment précis où arrivent les premiers résultats des demandes sur la plateforme Parcoursup. Certains élèves sont confortés dans leurs choix et possèdent un avenir clairement défini, tandis que d'autres naviguent dans le flou le plus complet, ce qui se ressent inévitablement dans leur aisance lors de l'examen oral."
Carole Nejjari, co-secrétaire départementale du SNES de l'Hérault, ajoute : "J'ai personnellement assisté l'an dernier à la situation délicate d'un candidat qui devait nous expliquer pourquoi il n'avait pas été accepté dans telle ou telle école. C'était un véritable crève-cœur pour lui comme pour nous, membres du jury."
Le syndicat enseignant demande par conséquent une refonte significative du grand oral, avec notamment la suppression pure et simple de cette partie liée à l'orientation professionnelle. Il réclame également "davantage de temps pour préparer correctement les élèves à cet examen exigeant, afin de gommer progressivement les inégalités sociales et scolaires qui persistent."



