Édouard Geffray rappelle les parents à leurs devoirs face à la violence scolaire
Geffray rappelle les parents à leurs devoirs face à la violence scolaire

Une lettre ministérielle pour un rappel à l'ordre parental

Ce vendredi matin, les parents d'élèves vont recevoir une missive pour le moins inhabituelle. Signée par Édouard Geffray, le ministre de l'Éducation nationale, cette communication se situe à mi-chemin entre un appel à l'aide et une réprimande ferme. Elle vise explicitement à rappeler aux familles leurs devoirs éducatifs fondamentaux, ainsi que leurs obligations légales incontournables.

Un constat alarmant sur la sécurité dans les établissements

Le ton est sans équivoque et le message édifiant. « Un enfant ou un jeune n'a pas à avoir un couteau dans sa poche », écrit le ministre avec une gravité palpable. Il poursuit en insistant : « Il n'a pas à agresser verbalement ou physiquement ses professeurs ». Cette mise en garde intervient dans un contexte particulièrement préoccupant, marqué par une multiplication inquiétante des actes de violence au sein des écoles et à leurs abords immédiats.

Les incidents concernent aussi bien les altercations entre élèves que les agressions visant directement les personnels enseignants. L'épisode tragique survenu le 3 février à Sanary-sur-Mer, où un professeur a été poignardé par un collégien, en est une illustration dramatique. L'école n'est décidément plus un sanctuaire, loin de l'idéal d'« asile inviolable où les querelles des hommes ne pénètrent pas » défendu jadis par l'ancien ministre Jean Zay.

Un appel pressant au sursaut collectif

Face à cette réalité brutale, l'appel lancé par Édouard Geffray résonne comme un impératif catégorique. Il enjoint à une mobilisation collective pour que l'école retrouve sa vocation première de lieu d'apprentissage serein et protégé. Cet appel ne constitue pas le premier rappel à l'ordre adressé aux parents ces dernières années.

En septembre 2023, Gabriel Attal, alors ministre de l'Éducation nationale, avait déjà exhorté à une plus grande responsabilisation parentale dans sa lettre de rentrée. Cette initiative faisait suite à un été marqué par des révoltes dans de nombreux quartiers populaires. Devenu Premier ministre, Attal avait adopté un discours plus martial, résumé par la formule choc : « Tu casses, tu répares ».

Son projet incluait notamment :

  • L'instauration de l'uniforme à l'école
  • La création de peines de travaux d'intérêt général pour les mineurs contrevenants
  • Des sanctions à l'encontre des parents jugés démissionnaires

Ces propositions ambitieuses ont cependant pâti de l'instabilité politique récente, limitant leur mise en œuvre concrète.

Une approche différente pour un rééquilibrage nécessaire

Édouard Geffray emploie aujourd'hui un registre distinct, privilégiant le dialogue et la responsabilisation plutôt que la confrontation. En déposant symboliquement les armes aux pieds des parents, il engage une réflexion profonde sur les frontières entre éducation et instruction. Cette distinction renvoie à une évolution historique significative : le passage de l'appellation « instruction publique » à « Éducation nationale » en 1932.

Certains analystes estiment que ce changement sémantique aurait contribué à affaiblir l'autorité scolaire, en faisant pénétrer les tumultes de la société au sein des établissements et en incitant les parents à se décharger de leurs responsabilités sur l'institution. Au-delà de ces débats d'experts, le ministre invite clairement à un rééquilibrage des rôles : aux enseignants revient la mission d'enseignement, aux parents incombe la charge fondamentale de l'éducation.

Cette répartition des tâches n'exclut pas pour autant une nécessaire collaboration, comme le rappelle avec sagesse le proverbe africain : « Il faut tout un village pour éduquer un enfant ». La lettre d'Édouard Geffray constitue ainsi un jalon important dans la quête d'une école apaisée, où chaque acteur assume pleinement sa part de responsabilité pour le bien-être et la sécurité de tous.