Gard : les syndicats enseignants dénoncent une baisse alarmante des moyens dans les écoles publiques
Ce mardi 31 mars, une journée nationale d'actions a mobilisé une partie du personnel de l'Éducation nationale dans le Gard, avec des rassemblements à Nîmes et Alès. Les syndicats enseignants tirent la sonnette d'alarme sur la réduction constante des moyens alloués aux établissements scolaires publics, une situation qui génère de profondes inquiétudes pour l'avenir du service public d'éducation.
Une mobilisation syndicale devant Carré d'Art
Plusieurs dizaines d'enseignants, représentant l'intersyndicale (Sud, CFDT, FSU, Unsa, CGT), se sont rassemblés devant Carré d'Art à Nîmes durant la pause déjeuner. L'objectif était clair : alerter l'opinion publique et les autorités sur les suppressions d'emplois programmées et le blocage de toute revalorisation salariale. Les manifestants ont exprimé leur colère face à ce qu'ils considèrent comme un démantèlement progressif de l'école publique.
Des suppressions de divisions et de classes annoncées
Dans le département du Gard, la suppression de 17 divisions dans les collèges publics a particulièrement retenu l'attention. Dans le premier degré, la possible fermeture d'une cinquantaine de classes à la rentrée prochaine suscite également l'inquiétude. Bien que le projet de carte scolaire ne sera officiellement dévoilé que le jeudi 9 avril à Nîmes, les syndicats n'ont pas attendu cette date pour exprimer leurs craintes.
Les situations concrètes illustrent la gravité du problème :
- Aucun enseignant devant les élèves de CP dans des écoles de Beaucaire et de Marguerittes durant des mois
- Des écoliers perturbés dans leur apprentissage
- La non-prise en charge des besoins spécifiques des élèves
- Un manque criant d'AESH (Accompagnants d'Élèves en Situation de Handicap)
« On est à l'os » dans les collèges
Nadège Biot (Unsa éducation) ne mâche pas ses mots : « Dans les collèges, on est à l'os ! » La baisse des moyens humains est pointée du doigt, y compris lors des années sans baisse démographique. Cette réduction affecte aussi bien les écoles gardoises que les collèges, qui connaissent pourtant des problèmes démographiques spécifiques.
La représentante syndicale confie que le moral des enseignants s'étiole dangereusement : « Ils vont de plus en plus mal, avec des problèmes de santé mentale, des arrêts de travail plus longs, des temps partiels et même des démissions. » Les conditions de travail ne correspondent plus aux attentes, d'autant plus que les enseignants ne bénéficient pas de médecine du travail.
Un métier devenu insoutenable
Pascale Thoirez (SNUIPP-FSU) dresse un constat sévère : « Des longues maladies sont la conséquence directe d'agressions de familles. Le métier a été conçu comme quelque chose de rentable. On nous gère comme on le ferait avec des boîtes de conserve alors qu'on a des enfants qui ont vécu le confinement lors du Covid. »
Elle ajoute : « C'est plus compliqué au niveau de leur concentration, du geste graphique. Les collègues ne trouvent plus de sens dans leur métier. » Cette perte de sens professionnel préoccupe particulièrement les syndicats, qui y voient une menace pour la qualité de l'enseignement.
Les conséquences de la réforme des retraites
Christine Boularasse (Sud éducation) explique que la réforme des retraites a mis en difficulté des enseignants de plus de 60 ans, qui se retrouvent en arrêt maladie : « Ils sont arrivés à un seuil critique. » Enseignante au lycée Daudet, elle craint également la baisse des dotations pour les lycées à la rentrée de 2028, avec des inquiétudes spécifiques pour l'avenir de certaines disciplines EDS (spécialités).
L'intersyndicale dénonce un traitement différencié
Les syndicats regrettent amèrement la baisse des moyens alloués à l'enseignement public, contrastant avec le choix d'épargner l'enseignement privé. Cette différence de traitement est perçue comme une injustice supplémentaire dans un contexte déjà tendu.
Les parents d'élèves montent au créneau
La FCPE du Gard rejoint les critiques des syndicats, regrettant les choix budgétaires du gouvernement « qui conduisent à la dégradation du service public d'éducation ». Pour cette fédération de parents d'élèves, la baisse démographique aurait dû être une opportunité pour améliorer les conditions d'enseignement, non pour réduire les moyens.
Dans le second degré, l'offre éducative a été fragilisée selon les parents d'élèves, qui demandent plus de moyens pour l'école inclusive. La FCPE annonce qu'elle sera mobilisée dans les prochaines semaines, après des actions déjà menées à Milhaud, Bagnols-sur-Cèze et Moulézan, avant une prochaine mobilisation à Anduze.
Cette journée d'action dans le Gard révèle une crise profonde de l'éducation publique, où la baisse des moyens rencontre une détérioration des conditions de travail et une perte de sens professionnel. Les syndicats et les parents d'élèves appellent à une prise de conscience urgente pour préserver l'avenir de l'école républicaine.



