Depuis plus de deux ans, Jacques, directeur d'école âgé de 55 ans dans le Gard, vit au rythme des expertises médicales, des recours administratifs et des fins de mois difficiles. Reconnu victime d'un accident de service, cet enseignant cévenol affirme se retrouver dans une impasse dont il ne parvient plus à sortir. Sa voiture est mise en vente, un flipper déjà vendu, quelques meubles et vêtements partis sur des sites de petites annonces. Sa vie affective est presque inexistante. « Je serre les fesses tous les mois », lâche-t-il brutalement dans un sourire qui ne masque plus la fatigue.
Un parcours professionnel brisé
Après une première carrière dans l'infographie, Jacques rejoint l'Éducation nationale en tant que professeur, avec l'envie de transmettre. Les premières années se passent bien, mais à partir de 2022, alors qu'il devient directeur d'école près d'Alès et exerce des fonctions de coordonnateur REP (réseau d'éducation prioritaire) puis PIAL (pôles inclusifs d'accompagnement localisés), les relations de travail se dégradent. Il décrit des tensions qui s'installent, des désaccords fréquents, des courriels qu'il juge agressifs, un climat devenu pesant. « Au début, je pensais que ça allait passer. Puis j'ai commencé à avoir le sentiment que quoi que je fasse, tout était interprété contre moi », confie-t-il.
Le point de rupture : 7 juin 2024
Le 7 juin 2024, une réunion constitue, selon lui, le point de rupture. Il découvre un compte rendu qu'il estime incomplet et dit avoir eu l'impression que « tout le monde se liguait » contre lui. En quittant son travail, il tente de maintenir sa routine en se rendant à son entraînement de crossfit. « Je n'ai jamais réussi à terminer la séance. Mon entraîneur m'a regardé et m'a demandé ce qui m'arrivait », raconte-t-il. Le 8 juin, son médecin prononce un arrêt de travail. Une seule fois, il repassera les grilles de l'école, mais Jacques ne reviendra plus exercer.
Depuis le début de l'année, il est suivi par un psychiatre. « Je n'arrive plus à me concentrer. Toute ma vie tourne autour de cette histoire », dit-il. Les nuits sont hachées, le calendrier rythmé par les rendez-vous médicaux et les échanges administratifs.
Reconnaissance tardive de l'accident de service
Son accident est reconnu imputable au service par l'Éducation nationale en mars 2025, alors qu'il est depuis octobre 2024 en temps partiel thérapeutique à 50 % (qui prendra fin le 1er octobre 2025). Fin décembre 2025, le rapport d'une expertise judiciaire ordonnée par le tribunal administratif de Nîmes conclut que son état psychologique n'est toujours pas consolidé et demeure directement lié à cet accident.
Pour autant, Jacques affirme que sa situation administrative s'est progressivement dégradée. « Mes arrêts ont été requalifiés en congé de maladie ordinaire, j'ai été placé à demi-traitement et mes revenus ont fortement diminué », résume-t-il. Il multiplie les démarches et reste « confronté à des décisions contradictoires, des erreurs de rémunération, des régularisations difficiles à comprendre et des demandes d'explications qui restent sans réponse ». Le plus douloureux, confie-t-il, n'est plus seulement la maladie. « C'est le silence. Au début, il y avait des échanges. Aujourd'hui, je n'ai plus de réponses. »
Des menaces financières imminentes
Le calendrier s'accélère. « Fin août, je n'aurai plus rien », s'inquiète le professionnel, menacé de ne plus percevoir de traitement. « Je me sens grillé. Je ne demande pas qu'on me donne raison sur tout. Je demande juste qu'on me permette de reprendre mon souffle et de reconstruire une vie. Aujourd'hui, je suis complètement bloqué », dit-il.
La position de l'académie de Montpellier
Contactée, l'académie de Montpellier n'a pas souhaité commenter la situation de Jacques. Elle indique seulement accompagner plus de 50 000 agents dans leurs parcours personnels et professionnels grâce à un suivi individualisé, conçu pour répondre aux « contraintes et difficultés personnelles qui peuvent marquer ces parcours ». Pour les personnels victimes d'un accident de service, les mesures d'accompagnement sont définies à partir des « expertises médicales réalisées ainsi que sur l'avis émis par le Conseil Médical afin de mettre en œuvre les adaptations proposées ». L'académie précise aussi que le traitement des arrêts maladie est assuré « dans le respect des droits des personnels et donne lieu, conformément à la réglementation en vigueur », prévoyant l'application d'un jour de carence, le maintien à 90 % du traitement pendant les trois premiers mois, puis le passage au demi-traitement au-delà. La direction des ressources humaines, en lien avec les directions des services départementaux de l'Éducation nationale, dit aussi suivre « avec attention et vigilance les situations des personnels. Surtout, ce suivi est personnalisé et en proximité, permettant d'apporter des réponses adaptées, évolutives, permettant aussi d'apporter tout le soutien nécessaire à la poursuite d'un parcours professionnel au sein de l'académie. »



