Faut-il un âge minimum pour le bac ? Des bacheliers précoces témoignent
Faut-il un âge minimum pour le bac ? Des bacheliers précoces témoignent

Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a relancé le débat sur l'âge minimum pour passer le baccalauréat. Mi-mai, il a annoncé avoir demandé à ses services d'étudier « un seuil plancher » pour l'examen. La raison ? Le plus jeune candidat de cette session n'a pas encore 10 ans. « L'épanouissement d'un enfant passe par autre chose que la préparation d'un examen national », a insisté le ministre.

Des parcours hors norme

Charles a obtenu son diplôme en 2003, le jour de ses 14 ans. Toute sa scolarité, il a eu quatre ou cinq ans d'avance. « Je suis entré en seconde à 11 ans, j'ai passé le bac français à 12 ans, le bac général à 13 ans. Et j'ai eu les résultats le jour de mon 14e anniversaire », retrace celui qui est aujourd'hui directeur du numérique à l'Institut national de l'information géographique et forestière.

Sauter des classes pour lutter contre l'ennui

Charles l'assure, ses parents ne l'ont jamais poussé. « Je m'ennuyais vite à l'école et quand c'était le cas, mes résultats baissaient. Souvent, on fait sauter une classe pour que l'enfant reste intéressé. » Lui a sauté la moyenne section, le CE2 et le CM1 d'un coup, avant d'intégrer le collège-lycée spécialisé Michelet, à Nice, qui « boucle le collège en deux ans ». Paradoxalement, il a redoublé sa classe de 4e-3e parce qu'il n'avait pas étudié certaines notions. « J'ai passé deux fois le brevet, je ne l'ai pas eu la première fois. C'est d'ailleurs cocasse : j'ai eu mon bac à 13 ans mais j'ai raté mon brevet. »

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Samuel aussi a eu son bac à 14 ans, en 1996. Ses facilités d'apprentissage ont été détectées alors qu'il savait à peine marcher. « À 18 mois, je connaissais l'alphabet avant de savoir parler. À 3 ans, je savais lire, écrire et compter », retrace celui qui est devenu chef d'orchestre. Il est entré en CP à 4 ans, a sauté le CM1 et la 5e. « Là, j'ai trouvé une sorte d'équilibre parce que j'avais du temps pour faire d'autres choses à côté. » Comme pour Charles, l'objectif était de maintenir son intérêt. « Ce sur quoi on luttait le plus, c'était mon ennui en classe. Ça me rendait malheureux. »

Même constat chez Vic. « Mes parents se sont rendu compte à mon entrée en maternelle que j'étais très en avance par rapport aux autres enfants. » Il sait lire en petite section. À l'âge de 6 ans, il a « plus ou moins terminé le programme du primaire ». Le Normand est finalement scolarisé à domicile, avec son père ingénieur mécanique et sa mère professeure d'art plastique, anciennement ingénieure. Il décroche le bac à 13 ans, en 2011, devenant le plus jeune bachelier cette année-là.

Socialisation et décalage

Mais l'école n'est pas seulement un lieu d'apprentissage. C'est également là qu'on apprend à socialiser, à vivre ensemble. Comment se faire des amis avec un tel écart d'âge ? « La différence est présente parce que les gens nous la renvoient », analyse Samuel. Il se souvient de professeurs bienveillants mais aussi du « rejet » de certains élèves. « Je ne vais pas en vouloir à des ados de 15 ans de ne pas vouloir traîner avec un gamin de 10 ans. Si on m'invitait au bar, j'y allais, mais je sentais au fond de moi que je n'étais pas des leurs. »

Samuel, aujourd'hui âgé de 44 ans, se remémore également avoir eu des difficultés à gérer « deux vitesses ». « Je me retrouvais avec un cerveau qui pensait à la physique quantique mais j'avais un corps et une gestion des émotions qui restent ceux d'un enfant. Ça crée un décalage. » Il se réfugie dans la musique et le théâtre, deux activités dans lesquelles l'âge n'est pas un problème. « À 13 ans, j'étais assistant d'une prof de théâtre et j'ai mis en scène des spectacles. »

Charles aussi garde le souvenir d'être « le plus petit de la classe ». « Au foot, je n'étais pas choisi le premier, je courais moins vite. » Mais il ne le vit pas mal et s'il changeait de niveau régulièrement, il s'est fait de très bons amis. Il continue d'ailleurs à voir certains de ses camarades du lycée.

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Vic, qui est arrivé à la fac à 13 ans, assure aussi n'avoir « jamais ressenti aucun gap de maturité ». « En 2012, en pleine présidentielle, ma meilleure amie de l'université s'est assise à côté de moi en me demandant si j'avais voté la veille. J'aurais bien aimé, mais il fallait que j'attende encore cinq ans », illustre-t-il. À bientôt 28 ans, Vic remarque que cette différence d'âge « se tasse avec le temps ». « Quand on a passé 40 ans, on s'en fiche d'avoir eu le bac à 14 ans, on ne se définit pas par ça », confirme Samuel.

Choix de carrière et avance sur la vie

Mais comment choisir un métier, une carrière lorsqu'on est un si jeune adolescent ? « Je ne savais absolument pas quel métier je voulais faire, j'étais tellement poussé par la curiosité que je voulais tout faire en même temps », reconnaît Vic. Il a enchaîné une licence de biologie, des langues orientales, un master de relations internationales et un doctorat en Sciences politiques à l'université de Copenhague. Il travaille aujourd'hui sur un postdoctorat sur la cyberguerre en Ukraine, et parle une dizaine de langues. « La première fois que j'ai enseigné à des étudiants en master, en 2021, j'étais plus jeune que mes élèves », relève-t-il.

Samuel, lui, a dirigé son premier orchestre à 18 ans. Au même âge, il créait son premier opéra. « J'ai pris de l'avance sur la vie, et j'en suis très heureux, je ne l'ai jamais perdue », savoure-t-il. Pour lui, l'âge plancher envisagé par Édouard Geffray est « la garantie que des enfants vont s'ennuyer ». « Et l'ennui, c'est la voie directe vers l'échec », insiste-t-il. Pourquoi faire une règle si stricte pour si peu de cas chaque année, s'interroge-t-il. Un avis partagé par tous. « Je pense que je serais malheureux aujourd'hui si ça ne s'était pas passé de cette manière », insiste Charles.