Selon une étude publiée par le ministère de l'Éducation nationale, 95% des élèves de maternelle et primaire ont bénéficié d'au moins une séance d'éducation à la vie affective et sexuelle au cours de l'année scolaire 2023-2024. Cependant, seulement 63% d'entre eux ont eu trois séances ou plus, le nombre recommandé par les programmes officiels.
Des disparités selon les niveaux et les territoires
L'étude révèle des écarts significatifs entre les niveaux scolaires. En maternelle, 92% des élèves ont eu au moins une séance, contre 97% en primaire. Mais le nombre de séances chute nettement en maternelle : seuls 45% des élèves de maternelle ont eu trois séances ou plus, contre 72% en primaire.
Les disparités territoriales sont également marquées. Les académies d'Île-de-France et du Sud-Est affichent les taux les plus élevés, avec plus de 80% des élèves ayant eu trois séances. En revanche, certaines académies rurales comme celles de Corse ou de Guyane peinent à atteindre 50%.
Un dispositif encore insuffisant pour les experts
Interrogée par Libération, la sociologue de l'éducation Marie Duru-Bellat estime que « ces chiffres montrent une progression, mais restent insuffisants pour garantir une éducation complète à la vie affective et sexuelle ». Elle rappelle que les programmes prévoient trois séances par an, de la maternelle au lycée, mais que leur mise en œuvre est souvent entravée par le manque de formation des enseignants et les réticences de certaines familles.
Le ministère de l'Éducation nationale a annoncé un plan de formation pour 2025, visant à former 10 000 enseignants supplémentaires à l'éducation à la vie affective et sexuelle. Actuellement, seulement 15% des professeurs des écoles déclarent se sentir suffisamment formés pour aborder ces sujets.
Un enjeu de santé publique et de prévention
L'éducation à la vie affective et sexuelle est considérée comme un outil clé pour prévenir les violences sexuelles, les grossesses précoces et les infections sexuellement transmissibles. Selon une enquête de Santé publique France, 12% des jeunes de 15-17 ans déclarent avoir subi des violences sexuelles, et 8% des filles de 15-18 ans ont déjà eu une grossesse non désirée.
Le Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes (HCE) a salué les progrès, mais appelé à « une généralisation effective des trois séances annuelles », dans un avis publié en mars 2024. Le HCE souligne que « l'éducation à la vie affective et sexuelle est un droit pour tous les élèves, garanti par la loi du 4 juillet 2001 ».



