Un petit garçon accourt en pleurant et se jette dans les jupes de sa mère. « Maman, Maman, Maman, le coach Razak, il a dit qu'on devait faire une pause pour manger du gâteau », hoquette le gamin d'environ 10 ans. Il sanglote : « Mais, moi, je ne veux pas faire de pause, je veux continuer à faire des exercices de math, je veux gagner… » Sa mère lui caresse la tête, le bambin sèche ses larmes aussi vite qu'elles avaient commencé à couler, et retourne en courant à sa table, équerre et stylo en main.
Comme lui, 77 enfants, âgés de 4 à 10 ans, des gosses des quartiers de L'Ariane, de Pasteur et des Moulins, des quartiers de Nice qu'on a dit « difficiles », « sensibles », des quartiers qu'on a dits sans espoir ou sans avenir pour la jeunesse, ont participé, ce samedi 13 juin 2026, au centre AnimaNice Django Reinhardt (à Nice-Est), au premier défi géant de mathématique organisé par Razak Fetnan. Il s'agissait de faire, en une heure, plus de 1 001 exercices.
Razak Fetnan, pas tout à fait 70 ans, un petit bonhomme mais un grand homme « qui fait beaucoup pour que nos enfants excellent », sourit une maman à l'entrée de la salle. Razak Fetnan, ancien directeur d'un centre social à Nice, « encore et toujours » engagé pour le droit de tous de réussir et d'éclater tous les plafonds de verre. Razak Fetnan. Le « coach » comme on le surnomme dans les familles qui suivent son programme gratuit.
« Les performances sont très bonnes »
Il a mis en place bénévolement, il y a plusieurs années maintenant, un dispositif de coaching parental. L'idée : deux exercices de maths quotidiens minimums dans un cahier qu'il offre aux enfants. Une règle comme un jeu et des parents qui y sont associés pleinement sans pour autant devoir avoir un bac + 5. Ce qui compte c'est la discipline, la régularité, le goût de l'effort et la persévérance.
Et ça fonctionne : « Les résultats explosent », témoigne Jean-Marie Lasoret, ancien inspecteur de l'Éducation nationale à la retraite. Ou peut-être « pas tout à fait à la retraite », s'amuse le vieil homme au bouc blanc qui « a toujours un rôle au rectorat de Nice ». Et pour être exact, il est exact : « J'ai accès aux résultats des évaluations nationales et départementales du CP à la 6e de tout le département des Alpes-Maritimes. Et d'après les parents et le coach Razak les performances sont très bonnes ».
« On gagne tous ensemble »
Les gosses, petits et petit grands, turbinent : additions, multiplications, conversions… Les manants accompagnent. Les grands frères et grandes sœurs aident, bienveillants, corrigent. Eux, sont devenus ingénieurs, médecins, suivent de grandes études comme un défi aux idées reçues sur les gamins des quartiers. Comme Naïm, 20 ans, étudiant au MIAGE (Méthode informatique appliquée à la gestion d'entreprises) qui explique à une petite fille : « Alors, ta boîte, elle a combien de côtés ? Et ses côtés mesurent combien ? Si tu veux l'enrouler de ruban, du coup, il t'en faut combien de mètres ? »
Tout le monde réfléchit. Bouillonnement. Émulation collective. De temps en temps, le coach Razak sort sa (petite) grosse voix et son air faussement sévère : « Attention, on fait comme à la maison : d'abord, les exercices faciles, après les plus compliqués… » Ça fait sourire Martine Lehmann, œil approbateur. Elle enseigne depuis 11 ans à l'école « Jacques-Prévert, une des quatre du quartier de L'Ariane avec joie en Rep + ». Et confirme : « Nous, on fait notre travail en classe, le coach Razak rappelle à la maison que le travail est important. Et on gagne tous ensemble… »
« C'est un acte de résistance »
Ce dispositif de coaching parental fonctionne tellement bien qu'il est financé par le campus de l'innovation pour les lycées et la fondation pour le logement des défavorisés (ex Abbé-Pierre) qui prennent en charge la majeure partie des livrets mis à disposition par le coach. Et il est surtout approuvé et validé par les professeurs du collège de France. Et notamment par Philippe Aghion, prix Nobel d'économie 2025, qui, lui aussi en est persuadé : « Il y a des Einstein et des Marie Curie qui se perdent en France ».
Ce dispositif, né à Nice, essaime aujourd'hui dans le VIIe arrondissement de Paris et à Bondy. L'Espagne et le Maroc sont également intéressés. « Les enfants d'où qu'ils viennent peuvent réussir. C'est un acte de résistance », soutient Abdallah Khemis, dermatologue reconnu et ancien conseiller municipal de Christian Estrosi. « Ce dispositif du coach Razak porte l'avenir de tous les enfants, c'est notre avenir, un avenir commun pour la France », salue la conseillère départementale Fatima Khaldi. « C'est une réussite collective, la réussite de tous », ajoute Razak Fetnan, qui n'aime pas trop faire de grands discours.
« Au début, on n'aimait faire les exercices du coach, on se demandait pourquoi on devait faire ça en plus de nos devoirs… Aujourd'hui, on le fait automatiquement quand on rentre à la maison après l'école et on est parmi les premiers de notre classe », rigolent Sarra, Isra et les autres pitchouns.



