Un constat sévère sur l'état de l'école primaire en France
La Cour des comptes a rendu public un rapport accablant sur l'enseignement primaire en France, qualifiant la politique publique d'"échec". Les magistrats financiers pointent du doigt le faible niveau des élèves, l'aggravation des inégalités et une organisation scolaire jugée inadaptée aux besoins des enfants.
Un déclin des performances scolaires alarmant
Le rapport intitulé "L'enseignement primaire, une organisation en décalage avec les besoins de l'élève" révèle un déclin préoccupant des performances scolaires des élèves français. Ce constat est d'autant plus inquiétant qu'il intervient malgré une augmentation constante des dépenses consacrées à l'école primaire au cours de la dernière décennie.
La Cour des comptes s'appuie sur des études internationales pour étayer ses conclusions. L'étude TIMSS de 2024 place ainsi les élèves de CM1 français en queue de peloton de l'Union européenne en mathématiques. "Le niveau des élèves est inacceptable", affirment les magistrats, qui observent également des inégalités qui s'aggravent, qu'elles soient de genre, sociales ou territoriales.
Une organisation scolaire inadaptée
Pour la Cour des comptes, ces mauvais résultats s'expliquent en grande partie par une organisation scolaire en décalage avec les besoins de l'enfant. Pierre Moscovici, premier président de l'institution, a rappelé lors d'une conférence de presse que "l'aménagement du temps scolaire en France n'est pas en cohérence avec les connaissances de la chronobiologie de l'enfant".
Le système actuel est particulièrement critiqué sur plusieurs points :
- La journée scolaire trop chargée
- La semaine de quatre jours jugée néfaste
- L'année scolaire mal répartie
Pierre Moscovici a souligné que "l'extrapolation des données de l'OCDE permet de dégager un modèle dominant, celui d'une semaine scolaire de cinq jours pleins". Cette analyse intervient alors que 85% des communes avaient déjà opté pour la semaine de quatre jours dès la rentrée 2018, suite à la réforme controversée des rythmes scolaires.
Des recommandations pour repenser l'école
Face à ce constat alarmant, la Cour des comptes formule plusieurs recommandations pour repenser le modèle éducatif actuel. Les magistrats préconisent notamment :
- Un recentrage sur le bien-être des élèves
- Une meilleure cohérence entre activités scolaires, périscolaires et extrascolaires
- Le développement de l'attractivité du métier d'enseignant
- La création d'un statut de directeur d'école ou la généralisation d'une décharge totale de cours
- Un rééquilibrage des dépenses entre enseignement primaire et secondaire
"Il existe une impérieuse nécessité de repenser le modèle actuel de l'école", insiste la Cour des comptes, qui appelle à centrer les innovations sur le bien-être des élèves.
Des réactions contrastées
Ce rapport intervient alors que le président Emmanuel Macron a annoncé une convention citoyenne sur "les temps de l'enfant", qui débutera le 20 juin. Cette initiative abordera les sujets du périscolaire, du postscolaire, du temps familial et de l'école.
Guislaine David, secrétaire générale de la FSU-Snuipp, principal syndicat du primaire, a réagi avec prudence : "C'est sûr que l'école traverse une crise, que les inégalités sont renforcées actuellement. Mais le rapport ne donne pas forcément les bonnes solutions pour l'école".
Elle ajoute : "Pour améliorer le niveau des élèves, il faut penser formation des enseignants, effectifs par classe. Quant au rythme des enfants, on ne peut pas en parler en le déconnectant totalement des rythmes des parents et donc de la vie des salariés en France".
La Cour des comptes conclut son rapport en appelant à une refonte complète du système éducatif primaire, mettant l'accent sur l'adaptation aux besoins réels des enfants et la réduction des inégalités scolaires qui ne cessent de se creuser en France.



