Une révolution pédagogique à Castelnau-Le-Lez pour les enfants "dys" et hyperactifs
Dans la commune de Castelnau-Le-Lez, près de Montpellier, l'école élémentaire Jean-Moulin est devenue un modèle d'innovation éducative. Cette institution accueille 417 élèves, dont environ un tiers, soit dix enfants par classe, sont identifiés comme "à besoins" en raison de troubles du neuro-développement (TND). Parmi eux, on trouve des élèves atteints de TDAH (trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité), de dyslexie, de dysorthographie, ou encore de formes d'autisme. Depuis septembre, l'établissement a transformé son approche en adoptant la méthode de l'auto-régulation, initialement conçue pour ces enfants, mais désormais étendue à l'ensemble de la communauté scolaire.
L'auto-régulation : une méthode venue du Canada pour favoriser l'autonomie
L'auto-régulation, une technique importée du Canada, repose sur un partenariat solide entre divers acteurs. L'Éducation nationale a détaché une enseignante, l'ARS (Agence régionale de santé) fournit deux éducateurs à temps plein et une psychologue un jour par semaine, tandis que la commune apporte des moyens supplémentaires. Fanny Bobin, la directrice de l'école, se réjouit de cette évolution : "Nous sommes maintenant une EAR, une école d'auto-régulation." Cette initiative implique non seulement les 23 enseignants, mais aussi le gardien, les responsables du péri-scolaire, et les parents d'élèves, formant une "grosse machine" où tous les adultes participent à des formations régulières.
Le principe fondamental de l'auto-régulation est de viser l'autonomie des enfants en abordant leurs difficultés non par le trouble, mais par le besoin. Véronique Blanc, l'enseignante détachée sur le projet, explique : "Les enfants sont amenés à s'auto-observer et s'auto-évaluer en permanence. Nous utilisons des supports visuels, comme des timers pour la planification du temps, et des systèmes de Stop and Go pour éviter les impulsivités." Par exemple, au lieu de réprimander un enfant pour sa posture, on lui explique concrètement ce que signifie "bien se tenir" avec des outils adaptés.
Des outils concrets pour des progrès mesurables
Dans cette approche, la difficulté scolaire n'est pas toujours la priorité. Fanny Bobin illustre ce point : "Je pourrais vous présenter un élève dont l'enjeu était simplement de rester assis cinq minutes. Aujourd'hui, il est impossible de le distinguer des autres en classe." Pour motiver les enfants, des "renforçateurs" sont mis en place en début d'année, comme des récompenses accessibles. Par exemple, Sacha, un élève, peut gagner dix minutes dans une tente sensorielle équipée de guirlandes lumineuses et de coussins doux après avoir rempli un contrat et reçu des étoiles comme monnaie d'échange.
Ces outils bénéficient à tous les élèves, pas seulement ceux identifiés comme "à besoins". La classe entière peut être récompensée pour de bons comportements, avec des activités décidées collectivement, comme prendre un petit déjeuner ensemble à l'école ou venir en chaussons un jour. L'objectif ultime, partagé par chaque enfant et le groupe, est d'atteindre l'autonomie nécessaire pour une transition réussie au collège.
Un projet collaboratif impliquant familles et professionnels
Le projet de l'enfant est élaboré en collaboration avec la famille et les éducateurs, qui peuvent même se rendre à domicile pour un suivi personnalisé. Certains élèves sont notifiés par la MDPH (Maison départementale des personnes handicapées), mais l'accent est mis sur une inclusion globale. Fanny Bobin souligne : "L'enseignant n'est pas seul, toute l'équipe est là, et ces outils servent à tous les enfants." Cette méthode renforce les compétences des enseignants en travaillant avec le secteur médico-social, créant une alliance forte entre le scolaire et le péri-scolaire.
À Castelnau-Le-Lez, l'école Jean-Moulin démontre ainsi que l'éducation inclusive peut être une réalité tangible, offrant un environnement adapté où chaque enfant, quels que soient ses besoins, peut progresser vers l'autonomie et l'épanouissement.



