Classement de Shanghai : pourquoi il ne faut pas s'y fier
Classement de Shanghai : pourquoi ne pas s'y fier

Chaque 15 août, le classement de Shanghai dévoile son palmarès des meilleures universités mondiales. Cette sélection, très médiatisée, inquiète souvent les étudiants à l'approche de la rentrée. Pourtant, une étude de 2019 menée par les chercheurs Jean-Charles Billaut, Denis Bouyssou et Philippe Vincke juge les critères de ce classement « non pertinents ». Selon eux, ce catalogue « n'est pas un outil pertinent pour juger de la "qualité" des institutions académiques, guider le choix des étudiants ou des familles ».

Une méthodologie centrée sur la recherche

Le classement de Shanghai repose sur six indicateurs : le nombre d'anciens élèves prix Nobel ou médaille Fields (l'équivalent du prix Nobel en mathématiques), le nombre d'enseignants-chercheurs lauréats de ces distinctions, le nombre de chercheurs très cités (Highly Cited Researchers) selon la liste annuelle de Clarivate (environ 0,1 % des plus cités mondiaux), le nombre d'articles publiés dans les revues Nature et Science sur cinq ans, le nombre total d'articles indexés dans les bases SCIE et SSCI sur l'année précédente, et enfin la performance « per capita », qui divise la somme des cinq premiers indicateurs par le nombre d'enseignants-chercheurs en équivalent temps plein.

Ce dernier indicateur a été ajouté pour atténuer le biais de taille qui favorisait les grandes universités. Hugo Harari-Kermadec, professeur en sociologie de l'éducation à l'université d'Orléans et auteur de Le Classement de Shanghai. L'université marchandisée (Le Bord de l'eau, 2019), souligne que « la plupart des critères sont fixés sur la recherche ». Il ajoute : « Il n'y a pas le moindre élément qui a un quelconque rapport avec la qualité de l'éducation proposée, pas de questions sur les anciens enseignants ou anciens étudiants. »

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Un classement biaisé et peu utile pour les étudiants

En mettant l'accent sur les prix Nobel et les médailles Fields, le classement privilégie les sciences dures au détriment des sciences humaines et sociales. Marie Duru-Bellat, professeure émérite de sociologie à Sciences Po, estime que le classement peut servir « à la limite » pour choisir une thèse, mais qu'il est inutile pour déterminer sa faculté en licence ou en master. Elle rappelle que la Chine a créé ce classement pour aider ses étudiants à choisir où faire leur thèse à l'étranger, pas pour guider les choix des étudiants français en licence.

Hugo Harari-Kermadec ironise : « Aucun étudiant ne choisit son université en premier lieu avant de choisir une discipline. On ne va pas se dire à la sortie du bac "Je veux aller à Saclay" et trancher ensuite quelle formation on va faire. » Il ajoute qu'en France, « le niveau des universités reste globalement très homogène », rendant le classement encore moins pertinent.

Parcoursup, une alternative plus pertinente

Marie Duru-Bellat recommande aux étudiants de se tourner vers Parcoursup : « Pour les étudiants, Parcoursup est une mine d'informations, souvent peu exploitée, bien plus pertinente. » Elle cite notamment le taux de réussite, les débouchés et le taux d'emploi après 18 mois, des critères « nettement plus utiles et pertinents » que le nombre de prix Nobel.

Hugo Harari-Kermadec rappelle enfin que la popularité médiatique du classement de Shanghai tient en partie à sa date de publication, un 15 août, période creuse pour l'actualité. Les étudiants ne doivent donc pas s'inquiéter si leur faculté n'apparaît pas dans ce top mondial. Après tout, en 2010, c'était Sneijder qui méritait le Ballon d'or, et Vinicius en 2024, preuve que les classements sont loin d'être infaillibles.

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