La classe en plein air bientôt inscrite dans la loi pour reconnecter les élèves à la nature
Des parlementaires proposent d'inscrire la pratique de la classe en extérieur dans le code de l'éducation afin de favoriser le lien des élèves avec la nature. Cette initiative législative vise à reconnaître officiellement une approche pédagogique en plein développement depuis la crise sanitaire.
Une expérience concrète dans la Drôme provençale
« J'entends un oiseau », s'exclame Margot, 6 ans, en faisant s'arrêter la petite bande d'enfants pour l'écouter gazouiller. Avec sa classe de l'école publique de Séderon, dans la Drôme provençale, elle participe chaque vendredi à la classe dehors. Les quatorze enfants de la classe unique de maternelle CP prennent le chemin d'une colline qui surplombe le village pour vingt minutes de marche éducative.
Au cours de cette grimpette, les enfants imitent des bourgeons en se recroquevillant sur eux-mêmes ou froissent des feuilles sèches pour marquer la fin de l'hiver. « Regardez les arbres, ils vous offrent des petits porte-manteaux », conseille la maîtresse en arrivant à la lisière de la forêt bordée de champs de lavande. Après le regroupement en silence, les élèves partent à la recherche d'images d'oiseaux accrochées sur les branches et identifient leurs noms sur des fiches pédagogiques.
Une pratique pédagogique en plein essor
Flore Aumage, 45 ans, s'est lancée dans cette aventure il y a cinq ans. Consciente d'être « un peu trop scolaire », l'enseignante avait envie de « lâcher prise ». « J'ai voulu me mettre en difficulté et proposer à mes élèves d'apprendre différemment, sans les outils institutionnels qu'on a dans les classes », explique-t-elle.
En France, environ 4 500 classes, principalement en primaire, expérimentent désormais la classe dehors. Selon Benjamin Gentils, directeur de la Fabrique des communs pédagogiques, 80% de ces initiatives ont commencé après la pandémie de Covid-19. Le ministère de l'Éducation précise que cette pratique pédagogique innovante, encouragée par l'institution, « se développe principalement depuis la crise sanitaire de 2020 ».
La classe dehors s'exerce en pleine nature, en zones rurales ou urbaines, de la maternelle au lycée et « peut concerner l'ensemble des disciplines scolaires ». Pourtant, les enfants français passent dix fois moins de temps dehors qu'il y a trente ans et près de 40% des enfants de 3 à 10 ans ne jouent jamais dehors en semaine, comme le soulignait un collectif dans une tribune du « Monde » en mai 2025.
Vers une reconnaissance législative
Pour tenter de remédier à ce « retard important » par rapport à de nombreux pays européens comme le Royaume-Uni, l'Allemagne, le Danemark ou la Suisse, un groupe transpartisan de parlementaires a déposé en juin 2025 une proposition de loi. Le texte vise à inscrire l'accès régulier au-dehors et en contact avec la nature parmi les objectifs de l'école et précise que tous les enseignements peuvent être dispensés à l'extérieur.
« Nous voulons reconnaître cette approche éducative afin qu'elle ne soit plus prise pour une lubie », insiste Graziella Melchior, députée du Finistère et co-autrice de la proposition de loi avec ses collègues Jérémie Iordanoff (écologiste, Isère) et Florence Hérouin-Léautey (socialiste, Seine-Maritime). Pour Mme Melchior, « il faut au contraire qu'on se rende compte de tout l'intérêt que ça apporte à l'enfant pour le déconnecter des écrans et le reconnecter à la nature ».
La proposition prévoit également la mise en place de modules de formation spécifiques pour les enseignants souhaitant se lancer dans cette pratique pédagogique. Les enfants, quant à eux, semblent déjà conquis par cette approche. « Il y a de l'air qui souffle alors que dans l'école, ça ne souffle pas », commente Nolwen, 6 ans. « On peut planter des choses, sauver des insectes et construire une cabane », se réjouit Louis, du même âge.
Adoptée en commission début février, la proposition de loi pourrait être inscrite « dans les prochaines semaines » à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale, selon ses défenseurs. Cette reconnaissance législative marquerait une étape importante pour une pratique éducative qui cherche à réconcilier les jeunes générations avec leur environnement naturel.



