À bout de souffle, les enseignants de La Dullague interpellent directement le ministre
Dans un geste exceptionnel, les enseignants du collège La Dullague à Béziers ont décidé de s'adresser directement au ministre de l'Éducation nationale. Le 23 mai dernier, ils ont envoyé une lettre ouverte exigeant un classement « exceptionnel et sans délai » de leur établissement en Réseau d'Éducation Prioritaire Renforcée (REP+). Cette initiative intervient dans un contexte particulièrement douloureux, quelques semaines seulement après le suicide d'Is'hak, un élève de l'établissement retrouvé pendu dans sa chambre le 6 mai.
Un établissement qui cumule les difficultés sociales
Les enseignants, représentant plusieurs syndicats, insistent sur le fait que leur démarche « n'est en rien une façon de déjouer leur hiérarchie ». Ils reconnaissent même que la principale et la rectrice ont toujours fait preuve « d'écoute, de respect et de volonté commune d'agir dans l'intérêt de nos élèves ». Cependant, face à l'urgence de la situation, ils estiment devoir passer par-dessus les procédures habituelles.
Le collège La Dullague présente en effet des indicateurs sociaux particulièrement alarmants :
- Il se situe dans le cinquième quartier le plus déshérité de France
- Le taux de pauvreté y atteint 71%
- Six collèges têtes de réseaux REP+ de l'Académie de Montpellier ont un indice de position sociale supérieur
Des promesses non tenues depuis des années
La lettre des enseignants révèle une situation de frustration accumulée. « Notre collège est confronté depuis plusieurs années à des difficultés structurelles qui justifient un classement en REP+ », écrivent-ils. Ils rappellent que depuis 2019, leurs demandes reçoivent régulièrement « des avis favorables et des marques d'attention » mais sans jamais déboucher sur des décisions concrètes.
Le ministère évoque pourtant régulièrement une « révision de la carte des REP+ qui s'effectuera à la rentrée prochaine ». Mais pour les enseignants de La Dullague, ces annonces ne sont plus crédibles. « Nous n'attendons plus une hypothétique révision de la carte des REP+ », affirment-ils, soulignant qu'ils « n'y croient plus ».
Un appel solennel à la ministre
Les enseignants s'adressent donc directement à la ministre, qu'ils désignent comme « seule décisionnaire » en la matière. Leur demande est claire : permettre au collège de La Dullague d'intégrer « de manière exceptionnelle et sans délai, l'Éducation Prioritaire Renforcée ».
Cette mesure leur apparaît comme la seule capable de permettre à l'institution scolaire de tenir enfin sa promesse fondamentale : « Donner plus à ceux qui ont moins ». Dans un quartier où la précarité est omniprésente, le classement en REP+ représenterait des moyens supplémentaires indispensables pour accompagner des élèves confrontés à des difficultés multiples.
Cette mobilisation des enseignants fait écho à celle des parents d'élèves qui, de leur côté, se plaignent également d'être « les oubliés de l'éducation prioritaire ». Ensemble, ils forment un front commun pour réclamer les ressources nécessaires à la réussite de leurs élèves, dans un établissement qui cumule les indicateurs de difficulté sociale depuis trop longtemps.



