L'art redonne du pouvoir d'agir aux personnes vulnérables, selon un sociologue
L'art redonne du pouvoir d'agir aux vulnérables

Quand on parle d'inclusion des publics vulnérables, l'art n'est pas forcément en tête des priorités. Dans le Var, l'Institut des arts inclusifs y croit pourtant. Une conviction partagée par le sociologue et réalisateur Bertrand Hagenmüller.

L'art comme outil d'inclusion

Sociologue de formation, Bertrand Hagenmüller est réalisateur de documentaires. Il s'est fait une spécialité des questions d'accompagnement des publics les plus vulnérables. Son film Les Esprits libres retrace l'aventure de patients atteints de la maladie d'Alzheimer et de leurs soignants dans une expérience thérapeutique faite de théâtre, de musique et de poésie. Pour lui, l'art permet aux personnes handicapées, âgées et fragiles en général d'exister. Tout simplement.

« L'art-thérapie induit une dimension de soin au sens thérapeutique. L'inclusion par l'art, elle, est une question de société : comment l'art peut-il nous aider à “faire société” ? C'est un enjeu politique qui sort du cadre médical pour investir l'espace public », explique-t-il. « Le processus de création rend audibles des voix souvent invisibilisées. Créer ensemble permet à des personnes vulnérables de porter un projet et d'exister au sens plein du terme : étymologiquement, “exister” signifie “sortir de soi”. C'est une manière de ne plus être assigné uniquement à une place de victime. »

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Des bénéfices concrets pour les personnes accompagnées

Interrogé sur les bénéfices pour les personnes accompagnées, Bertrand Hagenmüller répond : « On redonne de la capacité de créer, donc du pouvoir d'agir, à des personnes qui se sont longtemps senties inutiles au monde. Le sentiment d'avoir de la valeur et de produire quelque chose de beau que les spectateurs nous renvoient est fondamental. »

Il illustre ses propos par une expérience vécue lors du tournage de son film : « J'ai vu des patients atteints d'Alzheimer se “redresser” littéralement. Une femme qui ne bougeait et ne parlait plus s'est remise debout et a retrouvé la parole par la joie d'être entendue. »

Des bénéfices aussi pour les soignants et éducateurs

Ces pratiques profitent également aux professionnels : « Cela redonne du sens et un sentiment d'utilité aux professionnels souvent confrontés à des situations complexes. Voir l'autre aller mieux renforce leur propre capacité d'agir. Dans les institutions, l'aide est souvent perçue comme purement technique : on parle de “repas thérapeutique” ou de “sortie éducative”. Or, ce qui soigne réellement, c'est le plaisir partagé d'être ensemble, sans l'étiquette du soin. Quand un soignant retrouve du désir dans son travail, c'est tout l'accompagnement qui s'améliore. »

Les freins et les pistes pour aller plus loin

Malgré ces apports, ces pratiques ne sont pas encore la norme. « Nous sommes face à des courants contraires. D'un côté, une multiplication de protocoles et de normes de sécurité nous empêche de prendre des risques créatifs. De l'autre, certains modes de financement, notamment en Ehpad, valorisent la dépendance plutôt que l'autonomie », déplore le sociologue.

Pour dépasser ces obstacles, il préconise des actions locales : « Je ne crois pas aux grands organigrammes imposés d'en haut. Il faut allumer des “contre-feux” partout où c'est possible pour que le brasier finisse par prendre collectivement. Parallèlement, l'étude scientifique est un levier nécessaire : elle permet d'objectiver ces effets pour parler le langage des décideurs et les rassurer. Soyons modestes dans nos actions, mais exigeants pour ceux que nous accompagnons. »

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