L'île des Embiez, située à quelques minutes du Brusc, cache derrière ses criques et ses pins une histoire marquée par l'industrie chimique, les fortifications allemandes et la protection de la Méditerranée. Des visites guidées, proposées par l'Office de tourisme et menées par le conférencier Martin Grange, permettent de découvrir ces strates historiques.
Un passé industriel polluant au XIXe siècle
Au XIXe siècle, les Embiez participent à l'essor de l'industrie chimique provençale avec une fabrique de soude, indispensable aux savonneries marseillaises. Cette activité a des conséquences environnementales graves : en 1840, un conflit éclate entre l'industriel et les habitants de Six-Fours. Les archives font état de vapeurs acides qui ont endommagé la végétation, jusqu'à dessécher des figuiers. Le Conseil des arts et manufactures envisage même un arrêt temporaire de l'usine pendant les périodes agricoles.
« Pendant longtemps, cette île a été exploitée, maltraitée, et ce n'est que bien plus tard qu'on a compris les dégâts causés aux sols, à la flore, et même à la mémoire collective », raconte Martin Grange. Aujourd'hui, cette histoire est largement oubliée, et la végétation qui borde les chemins ne laisse plus deviner cette époque.
Les vestiges de la Seconde Guerre mondiale
Durant la Seconde Guerre mondiale, l'île est intégrée au dispositif défensif allemand. En 1944, un point d'appui nommé Wn Tor 035 est installé à son extrémité sud. Selon l'Inventaire général du patrimoine culturel, il comprend une galerie souterraine avec des alvéoles, deux postes d'observation, une position pour un canon de 75 mm, deux autres pour des mortiers, ainsi que des abris individuels reliés par des tranchées. Une partie de la galerie est restée inachevée.
Certaines entrées sont encore visibles dans le paysage, mais ces souterrains ne sont plus accessibles au public. Ils témoignent de la position stratégique de l'archipel face à la Méditerranée, dans la perspective d'une attaque alliée. Le débarquement de Provence aura finalement lieu le 15 août 1944, plus à l'est, sur les côtes varoises.
De l'exploitation à la protection : le tournant Paul Ricard
L'histoire des Embiez change en 1958 avec l'acquisition de l'île par Paul Ricard. Avec Alain Bombard, il s'oppose au projet de rejet des « boues rouges » en Méditerranée, des résidus industriels de la fabrication d'alumine. En 1966, il crée l'Observatoire de la Mer, devenu l'Institut océanographique Paul Ricard, installé dans l'ancien fort Saint-Pierre. L'île, autrefois exploitée, devient alors un territoire consacré à l'étude et à la protection de la Méditerranée.
Une nature façonnée par le mistral
Le paysage de l'île porte aussi la marque du mistral. Sur certaines parties, les arbres poussent inclinés, contraints par le vent. Martin Grange décrit ce phénomène comme une « anamorphose naturelle » : la végétation s'est adaptée au vent plutôt que de lutter. Les cannes de Provence, présentes dans le Var, doivent une partie de leurs qualités à ces conditions climatiques ; elles sont recherchées pour la fabrication des anches d'instruments à vent.
Enfin, les canards de l'île se sont habitués à la présence humaine : à la vue des enfants, certains s'approchent spontanément, habitués à recevoir des miettes. Les prochaines visites ont lieu ce jour de 9h40 à 12h, puis les 8 septembre et 8 octobre. Tarifs : 11 euros pour les adultes, 4 euros pour les enfants de 6 à 12 ans, gratuit pour les moins de 6 ans. Le tarif comprend la visite guidée mais pas la traversée aller-retour. Informations : www.provencemed.com.



