Sondages interdits : Frédéric Dabi (Ifop) met en garde contre les commandes en douce
Sondages interdits : Dabi alerte sur les commandes en douce

Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'Ifop, a vivement critiqué l'idée d'interdire les sondages électoraux, lors d'un entretien accordé à Libération le 3 juillet 2026. Selon lui, une telle interdiction serait inefficace et contre-productive, car les partis politiques, même ceux qui la réclament, ne pourraient s'empêcher d'en commander en secret.

Une interdiction vouée à l'échec

« Si les sondages sont interdits, même les partis qui se disent contre ne pourraient pas s'empêcher d'en commander en douce », a déclaré Frédéric Dabi. Il souligne que l'interdiction légale ne ferait que déplacer le problème vers des pratiques clandestines, sans réellement protéger le débat public. « Les sondages continueraient d'exister, mais ils seraient réalisés par des instituts moins fiables, sans contrôle ni transparence », ajoute-t-il.

Cette mise en garde intervient dans un contexte de débat récurrent sur l'influence des sondages dans les campagnes électorales. Plusieurs propositions de loi ont été déposées ces dernières années pour restreindre ou interdire leur publication, notamment à l'approche des scrutins. Les critiques accusent les sondages de biaiser le vote et de favoriser les candidats en tête.

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Un marché parallèle inévitable

Pour Frédéric Dabi, l'interdiction pure et simple serait impossible à faire respecter. « Les commanditaires potentiels sont nombreux : partis, candidats, médias, mais aussi entreprises privées ou lobbies. Il suffit d'un serveur basé à l'étranger pour contourner la loi », explique-t-il. Il rappelle que des pays comme la France ont déjà expérimenté des interdictions temporaires, sans grand succès.

L'Ifop, l'un des principaux instituts de sondage français, réalise régulièrement des enquêtes d'opinion pour le compte de clients politiques et médiatiques. Dabi estime que la solution ne réside pas dans l'interdiction, mais dans un meilleur encadrement : « Il faut imposer des règles strictes de publication, comme le délai de réserve avant le scrutin, et garantir la transparence des méthodes et des commanditaires. »

Les chiffres du débat

Selon un sondage Ifop réalisé en juin 2026, 62 % des Français se disent favorables à une interdiction des sondages électoraux pendant la campagne. Pourtant, 71 % des personnes interrogées déclarent y prêter attention. Ce paradoxe illustre la complexité du sujet. « Les gens sont critiques envers les sondages, mais ils les consomment et les utilisent pour se forger une opinion », note Dabi.

Le directeur général adjoint de l'Ifop insiste sur le rôle pédagogique des instituts : « Notre métier, c'est de mesurer l'opinion avec rigueur. Si on interdit les sondages, on prive les citoyens d'une information utile pour comprendre les dynamiques électorales. » Il appelle à un débat apaisé, loin des solutions radicales.

Un enjeu démocratique

Au-delà de la question technique, Frédéric Dabi voit dans cette interdiction un risque pour la démocratie. « Les sondages ne sont pas parfaits, mais ils permettent de donner la parole aux citoyens entre deux élections. Les supprimer, c'est renforcer le poids des rumeurs et des manipulations », avertit-il.

Il conclut en plaidant pour une régulation renforcée, plutôt qu'une interdiction : « Il faut moderniser les règles, pas les abolir. Imposons plus de transparence, des sanctions en cas de manipulation, et éduquons le public à la lecture critique des sondages. »

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