Jean-Paul Jambon, référent varois de la Fondation pour le logement et habitant de Bandol, ne cache pas sa colère. La nouvelle municipalité dirigée par Franck Bertoncini a annoncé vouloir contourner la loi Solidarité et renouvellement urbain (SRU), qui impose un quota de logements sociaux. Selon lui, plus de 360 familles bandolaises sont en attente d’un logement social, et cette décision les pénalise lourdement.
Un projet politique « sans complexe » pour échapper à la loi
Lors du conseil municipal de fin juin, le maire Franck Bertoncini a déclaré : « Les logements sociaux seront axés sur la jeunesse et nos aînés, ainsi que sur les saisonniers. La pénalité, on assume de la payer, nous n’avons plus de terrains communaux. » Son premier adjoint à l’urbanisme, Claude Vinco, a ajouté : « Nous sommes en train de travailler sur une possibilité d’échapper à la loi SRU. »
Ces propos ont scandalisé Jean-Paul Jambon. « Depuis plus de 20 ans, nous entendons certains maires, en particulier varois, contester et fustiger la loi SRU, nous nous étions habitués. Le nouveau maire de Bandol, lui, atteint un niveau rare en matière de refus d’appliquer la loi… Celui de tenter sans complexe d’y échapper », s’étrangle-t-il.
L’étude sur le risque incendie comme prétexte
Trois semaines plus tard, un article de TPBM révélait que la municipalité avait « lancé une étude pour déterminer si la commune est en zone à risque feu de forêt à plus de 51 %, au regard des collines qui entourent Bandol et de la voie de chemin de fer qui la traverse, avec transport fréquent de matières dangereuses ». Franck Bertoncini y affirmait : « Auquel cas, nous aurions peut-être la chance de sortir du cadre et ne plus être soumis à la loi SRU. »
Jean-Paul Jambon ironise : « À en croire le maire, Bandol serait classée Seveso ! » Il soulève une question : « Une question semble intéressante à poser, en se référant au principe de précaution, par exemple porté par la communauté du Pays de Fayence : à savoir, faut-il bloquer tous les permis de construire pour manque d’eau ? Le principe de précaution voudrait donc qu’à Bandol aucun permis de construire ne soit accordé du fait du risque d’exposition aux incendies, nonobstant le fait qu’à partir de ce projet les compagnies d’assurances pourraient revoir leurs tarifs à la hausse. »
Un objectif irréaliste mais des efforts nécessaires
Jean-Paul Jambon admet toutefois qu’il faut « rester lucide sur la situation. La réalité amène à reconnaître et dire qu’il serait tout à fait utopique de professer que Bandol pourrait atteindre les 25 % de logements sociaux… Déjà atteindre 12 % serait le résultat d’une vraie volonté, d’une vraie réflexion et d’un vrai travail prospectif… Ce qui ne semble pas être le cas. »
Il conclut avec virulence : « Loger sa population n’est pas un projet misérable. Ce qui peut révolter est que l’on puisse bâtir sans complexe un projet politique en continuant à infuser ce poison du rejet des habitants en grande demande, à contraindre les jeunes à quitter la commune alors qu’ils devraient en être la force vive, à obliger les travailleurs du quotidien qui sont le poumon de la vie commerçante à ne pouvoir habiter la commune… Tout en annonçant par ailleurs faire porter l’action vers eux. Ce qui peut révolter est que l’on puisse passer plus de temps à chercher des solutions visant à rejeter, plutôt qu’à bâtir une société qui intègre tous ses habitants. »
Contexte : une commune où le logement social est un sujet brûlant
Bandol, commune littorale prisée, connaît une pénurie de logements sociaux depuis des années. En 2018, l’État avait préempté la résidence hôtelière Le Bosquet pour y aménager des logements sociaux, déclenchant des manifestations d’habitants dénonçant un « scandale ». La situation reste tendue, avec une pression foncière extrême et des loyers élevés, rendant l’accès au logement difficile pour les familles modestes.



