Un ciel pluvieux, des rafales à 31 nœuds et une forte houle d’Est. Dans la grande rade de Toulon, la vedette de la SNSM de Saint-Mandrier affronte des conditions bretonnes. Un hélicoptère Dauphin Pedro de la flottille 35F de la Marine nationale effectue plusieurs hélitreuillages, y compris avec une civière. Ce lundi après-midi, les équipages réalisent un exercice de sauvetage à l’approche de la saison estivale. Objectif : être prêts pour une situation d’urgence coordonnée par le Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage de Méditerranée (CrossMed), situé sur les falaises de La Garde.
Un plan d'action pour inverser la tendance
C’est depuis ce centre de contrôle, qui couvre toutes les côtes méditerranéennes françaises, que la préfecture maritime du Var a lancé sa campagne de sécurité des loisirs nautiques et de la plaisance 2026. Celle-ci ressemble à celle de 2025, et à celle d’avant. « On se répète, mais il faut marteler les messages pour toucher un public plus large », insiste le vice-amiral d’escadre Christophe Lucas, préfet maritime de la Méditerranée. Malgré une hausse de l’accidentologie de 6 % sur un an (confirmant la tendance de mai à septembre 2025) et 87 décès au total (en augmentation de 26 %, même si une baisse est constatée pendant la saison estivale), il ne considère pas ces chiffres comme une fatalité.
Prévention, responsabilisation, réglementation
Le premier axe du plan d’attaque ? Mettre l’accent sur la prévention auprès des usagers, en les sensibilisant davantage au milieu dans lequel ils évoluent. « À eux de vérifier la météo, de maîtriser leur vitesse ou encore de connaître les zones de pratique et celles interdites », souligne Christophe Lucas, tout en rappelant l’importance du canal 16 sur la VHF ou du numéro 196 sur les téléphones portables pour prévenir les secours. Parmi les points sensibles figurent la plongée et la baignade. Un dispositif d’alerte sera mis en place prochainement dans le Var, surtout en cas de fort vent du Sud, après une première application dans l’Hérault. « Il ne faut pas non plus se surestimer, ajoute le vice-amiral. Faire l’aller-retour jusqu’aux 300 mètres, ce n’est pas toujours une bonne idée. »
Pour responsabiliser les usagers de la mer, des contrôles « visibles, réguliers, assumés » sont menés via des opérations « renforcées » en mer. En 2025, près de 12.000 contrôles (+10 %) ont été effectués pour environ 4.000 infractions relevées (+12 %), dont la moitié pour des problèmes de sécurité, comme le non-respect de la vitesse ou des zones de limitation. « Les comportements dangereux sont systématiquement réprimés avec des suspensions de permis et des amendes », rappelle le préfet maritime de la Méditerranée.
Troisième effort ciblé : une meilleure connaissance de la réglementation de cet espace partagé. Parmi les obligations, l’usage d’un coupe-circuit est obligatoire à bord d’une embarcation motorisée, tout comme le port d’un shorty en scooter des mers depuis 2024. Pour les pratiquants de wingfoil, l’indication d’un numéro de téléphone est fortement recommandée pour éviter de lancer inutilement des recherches en cas de perte de la voile.
La plongée sous pression
À la tête d’un CrossMed récemment rénové (prochainement inauguré par la ministre de la Mer Catherine Chabaud), Aymeric le Masne de Chermont souligne « l’amélioration du réseau radio » avec de nouvelles stations à Porquerolles et à Sainte-Maxime, portant leur nombre à 26. Alors qu’un appel d’urgence « Panne, Panne » retentit dans la salle des opérations, il insiste sur le nombre d’accidents de plongée ces dernières semaines, qui « invite à la vigilance ». Soit 30 accidents (dont deux mortels) entre le 1er avril et début mai, deux fois plus qu’un an plus tôt. « Trop tôt pour en tirer des conclusions », intervient Christophe Lucas, qui rappelle l’opération de sensibilisation des clubs la saison passée. « Dans 60 % des cas, la personne prise en charge raconte qu’elle a plongé alors qu’elle était fatiguée, précise Muriel Vergne, médecin référent Samu de coordination médicale maritime Méditerranée et du Smur maritime. Il faut savoir s’écouter et savoir dire non à la pression sociale, amicale, familiale. Faire 800 km et enchaîner sur un stage de plongée, c’est parfois compliqué. »
« L’attractivité de nos côtes ne se dément pas, conclut le préfet maritime de la Méditerranée. À nous de ne jamais lever l’effort et d’approfondir les dispositifs existants. » Quitte à se répéter ? Réponse : « La bonne pédagogie, c’est l’art de se répéter ».



