Le Premier ministre Sébastien Lecornu a été accueilli par des huées et des applaudissements ironiques lundi 17 août au Porge, commune la plus touchée par le mégafeu de Gironde fin juillet. Environ 200 personnes vêtues de noir, rassemblées devant la mairie, ont manifesté leur colère à l'approche de son véhicule, aux vitres teintées et muni d'un gyrophare, à l'heure où il devait rencontrer le maire Martial Zaninetti.
Une visite sous tension marquée par des cris de colère
« Il est où ? Il est où ? », criaient les manifestants devant les caméras des journalistes présents. Tony Veiga, un retraité de 65 ans dont les parents et le frère ont perdu leur maison dans l'incendie, a exprimé son indignation : « Ça aurait été quand même un minimum » que le Premier ministre rencontre les habitants. « C'est vraiment nous prendre pour quantité négligeable », a-t-il ajouté, avant de dénoncer une visite discrète la veille : « Il est passé hier en catimini. Il devait être au Cap-Ferret, c'est pour ça qu'il en a profité pour venir visiter le Porge en touriste. C'est lamentable. »
L'entourage de Sébastien Lecornu avait indiqué dimanche soir qu'il devait rencontrer ce lundi des membres d'un collectif d'habitants, après avoir révélé qu'il s'était déjà rendu au Porge dimanche après-midi pour « faire le tour de la commune » avec le maire, un déplacement non annoncé et sans caméra. Cette absence de transparence a alimenté la colère des sinistrés.
Des habitants en quête de vérité et de justice
Ludivine Daurignac, organisatrice d'un collectif d'habitants sinistrés, a regretté que « on est accueillis par des colonnes de CRS qui nous bloquent l'accès ». Elle a souligné que « il ne veut pas nous rencontrer, c'est dommage. On avait des choses à exprimer ». Le collectif compte déposer des plaintes « pour avoir des réponses », a-t-elle précisé : « Pour obtenir une vérité, une transparence, une justice. On attend des actions concrètes de nos élus et forcément une reconstruction, parce qu'on est quand même beaucoup à avoir tout perdu. »
Le 1er août, le Premier ministre avait affirmé que la douleur des sinistrés était « instrumentalisée par des complotistes sur les réseaux sociaux ». Cette déclaration intervient alors que certains habitants du village dévasté estiment que les autorités ont sacrifié leurs maisons pour protéger la presqu'île huppée du Cap-Ferret, au bord du bassin d'Arcachon, lors du mégafeu.
Un bilan humain et matériel sans précédent depuis 1949
Avec 42.000 hectares parcourus, cet incendie, fixé le 1er août, est le plus grand en superficie en France depuis 1949. Les flammes, avançant à une vitesse folle, se sont approchées à 15 km de la métropole bordelaise et ont provoqué l'évacuation de plus de 220.000 résidents et touristes. Le chef du gouvernement doit se rendre ensuite à Mérignac, près de Bordeaux, pour une table ronde avec les « élus locaux et les acteurs de la reconstruction ». Cette rencontre vise à organiser la réponse à la crise, alors que les sinistrés attendent des mesures concrètes pour reconstruire leurs vies et leurs biens.



