Les services d'investigation de la police nationale dans les Alpes-Maritimes sont au bord de la rupture, selon le syndicat Alliance Police Nationale 06. Dans une lettre ouverte, le secrétaire départemental Julien Hausknecht dénonce une dégradation « sans précédent » des conditions de travail des enquêteurs, passés « d'une logique de fonctionnement normal à une gestion permanente de crise ».
Des effectifs en chute libre
Le syndicat met en avant la situation critique de la Brigade des accidents et délits routiers de Nice. Celle-ci est passée de 21 enquêteurs en 2015 à seulement 8 aujourd'hui. Selon les projections, ils ne seront plus que cinq en septembre 2026, dont un seul officier de police judiciaire (OPJ), pour assurer le suivi de plus de 11 000 procédures.
La Brigade des mineurs est également particulièrement tendue : douze OPJ doivent traiter près de 600 dossiers, dont environ 180 affaires à caractère sexuel, alors que de nouvelles baisses d'effectifs seront annoncées dans les prochaines semaines.
Une hausse de l'activité judiciaire
Le groupe dédié aux violences intrafamiliales (VIF) du SLPJ de Nice fait face à une forte hausse de son activité. En 2025, le portefeuille judiciaire a progressé de 42,9 % en un an, avec 418 dossiers supplémentaires. Depuis la création du groupe en 2018, l'attribution des procédures a augmenté de 323 %. Début juin 2026, 1 468 dossiers étaient recensés pour seulement 12 enquêteurs, selon Alliance.
À Cannes, plus de quatorze enquêteurs quitteraient leurs fonctions à la rentrée de septembre. À Cagnes-sur-Mer, les mutations, disponibilités, arrêts maladie et détachements contribuent également à une importante perte d'effectifs. Les commissariats de Menton et Grasse connaîtraient des difficultés similaires.
Des victimes confrontées à des délais toujours plus longs
Pour le syndicat, les conséquences dépassent largement les conditions de travail des policiers. Elles concernent directement les victimes et le fonctionnement de la justice. Face à une diminution progressive des personnels administratifs, les enquêteurs sont obligés de consacrer une part trop importante de leur temps à des tâches administratives, alors que les enquêtes deviennent plus complexes (exploitation des données numériques, vidéoprotection, téléphonie, expertises scientifiques). Résultat : « Les délais d'enquête s'allongent, parfois sur plusieurs années ».
Des mesures immédiates demandées
Alliance Police Nationale 06 demande une réponse rapide et l'arrivée d'au moins 40 assistants d'enquête sur l'ensemble du département, ainsi qu'une revalorisation de la fonction d'OPJ. Le syndicat souhaite également que soient prises en compte les spécificités des Alpes-Maritimes : forte pression touristique, proximité de la frontière italienne, activité judiciaire soutenue et coût de la vie particulièrement élevé.
Il demande la mise en place d'une indemnité de résidence de 3 % et d'une prime de fidélisation comparable à celle appliquée dans l'agglomération parisienne, afin de rendre le département plus attractif et de limiter les départs.



