Allemagne : une loi pour protéger les infrastructures critiques après un incendie criminel
Un incendie criminel survenu début janvier dans la capitale allemande, Berlin, a mis en lumière la vulnérabilité du pays face aux actions malveillantes. Cet événement a poussé le gouvernement à faire voter une loi visant à obliger les infrastructures critiques à se doter de protections renforcées. Selon une note interne de la police criminelle, le Bundeskriminalamt (BKA), 321 actions malveillantes ont été recensées l'an dernier sur le sol allemand, soit presque une opération de sabotage par jour.
Une attaque spectaculaire revendiquée par l'extrême gauche
Si le BKA suspecte l'implication de puissances étrangères, notamment la Russie, dans la majorité des enquêtes, c'est un collectif d'extrême gauche allemand qui a revendiqué l'attaque contre un bâtiment électrique en janvier. Cet incendie a plongé 45 000 foyers berlinois et 2 000 entreprises dans le noir et le froid, constituant la pire attaque contre les infrastructures de la capitale depuis 1945, selon les autorités.
Une vidéo obtenue par le journal Der Spiegel montre que le bâtiment-relai, abritant des câbles rouges, était peu protégé, avec seulement des parois métalliques amovibles. En réponse, le gouvernement allemand offre une récompense record d'un million d'euros pour tout renseignement décisif sur ce groupe qualifié de terroriste, avec des affiches placardées dans les rues de Berlin.
Une guerre hybride et une réponse législative
Alexander Dobrindt, ministre de l'Intérieur (CSU), a déclaré devant les députés : L'Allemagne n'est pas en guerre, mais nous sommes la cible d'une guerre hybride. Le sabotage, l'espionnage, l'agression par des puissances étrangères, le terrorisme sévissent dans notre pays. Cette attaque a accéléré l'adoption de la loi Kritis, votée fin janvier par le Bundestag.
Cette loi oblige près de 1 700 acteurs essentiels, tels que les hôpitaux, centrales à énergie, usines de traitement des eaux et entreprises de télécommunications, à identifier et colmater leurs points faibles. Les risques pris en compte incluent les catastrophes naturelles, le sabotage, les attentats terroristes et les erreurs humaines. Friedrich Merz, chancelier, a résumé l'objectif : Moins de transparence et plus de résilience.
Mesures concrètes et critiques politiques
Concrètement, les exploitants doivent installer des clôtures, caméras et systèmes d'alarme, avec obligation de signaler les incidents de sécurité aux autorités. Des amendes sont prévues en cas d'infraction, et les données sensibles doivent être retirées de la sphère publique pour prévenir les cyberattaques.
La loi a reçu le soutien de la CDU-CSU, du SPD et de l'AfD, tandis que les Verts et Die Linke ont voté contre, critiquant des mesures insuffisantes, trop tardives et risquant d'augmenter la bureaucratie. Le Bundesrat doit encore se prononcer sur ce texte issu d'une directive européenne.
L'Association des villes allemandes a exprimé des réserves, plaidant pour un seuil d'application à 150 000 personnes plutôt que 500 000. Après avoir longtemps bénéficié des dividendes de la paix, l'Allemagne tente ainsi de rattraper son retard en matière de sécurité nationale.



