Le Rassemblement national (RN) se trouve pris de court par les canicules et les incendies qui ont frappé la France durant l'été 2026, révélant son incapacité à produire une réflexion écologique structurée. Alors que le débat public s'embrase autour des conséquences du réchauffement climatique, le parti d'extrême droite peine à articuler un discours cohérent, tiraillé entre ses positions historiques et les attentes d'une partie de son électorat.
Des divisions internes sur la question climatique
Selon plusieurs cadres du parti interrogés par Le Monde, le RN n'a jamais réellement abordé la question écologique en interne. « Nous avons un vide sidéral sur ces sujets », confie l'un d'eux, sous couvert d'anonymat. « Personne n'a envie de s'y coller, car c'est un sujet qui divise. » Ces divisions sont apparues au grand jour lors des débats sur la loi climat de 2025, où le groupe RN à l'Assemblée nationale s'est montré particulièrement discret, se contentant de critiques générales sans propositions alternatives.
Une autre source interne précise que « le parti est pris entre deux feux : une base militante climatosceptique et un électorat populaire qui subit de plein fouet les conséquences des canicules ». Cette contradiction explique en partie la difficulté du RN à adopter une position claire. Le parti a ainsi voté contre la plupart des mesures environnementales du gouvernement, tout en dénonçant régulièrement les « taxes vertes » qui pénaliseraient les classes moyennes et populaires.
Un héritage idéologique qui bloque toute évolution
L'absence de réflexion écologique au RN trouve ses racines dans l'histoire du parti. Fondé sur un rejet de l'immigration et de l'Union européenne, le Front national puis le RN ont toujours considéré l'écologie comme un sujet « de gauche » ou « bobo », indigne d'intérêt. « L'écologie, c'est pour les Verts, pas pour nous », résume un ancien conseiller de Marine Le Pen, cité par Le Monde. Cette vision a longtemps prévalu, malgré les tentatives isolées de certains élus locaux de s'emparer du sujet.
Pourtant, les incendies de l'été 2026, qui ont ravagé près de 15 000 hectares dans le sud de la France, ont changé la donne. « On ne peut plus ignorer la réalité du changement climatique quand on voit les forêts brûler à 30 kilomètres de chez soi », admet un député RN du Vaucluse. Mais cette prise de conscience tardive se heurte à un manque de cadres spécialisés et à une absence totale de doctrine sur le sujet.
Des propositions jugées insuffisantes et contradictoires
Face à l'urgence, le RN a tenté de réagir en proposant quelques mesures, comme la création d'une « police de l'environnement » ou le renforcement des moyens de lutte contre les incendies. Mais ces propositions sont jugées « insuffisantes et contradictoires » par les observateurs. « Le RN veut à la fois défendre les agriculteurs, les chasseurs et les pêcheurs, tout en prétendant protéger l'environnement. C'est intenable », analyse un expert en politiques environnementales cité par Le Monde.
Le parti a également dû faire face à des critiques internes après la diffusion d'une vidéo de Jordan Bardella, le président du RN, dans laquelle il affirmait que « l'écologie ne doit pas être une punition pour les Français ». Cette déclaration a été perçue comme une tentative de séduire un électorat sensible aux questions environnementales, mais sans propositions concrètes derrière. « C'est du vent », a réagi un cadre du parti, qui juge que « le RN n'a pas les idées pour répondre aux défis écologiques ».
Un enjeu électoral de plus en plus pressant
L'absence de réflexion écologique du RN devient un handicap électoral. Selon un sondage Ifop réalisé en juillet 2026, 67 % des Français considèrent que le réchauffement climatique est une priorité, et 54 % des électeurs du RN estiment que leur parti n'en fait pas assez sur ce sujet. « C'est un vrai problème pour nous », reconnaît un conseiller de Marine Le Pen. « On risque de perdre des voix au profit des Verts ou de La France insoumise si on ne montre pas qu'on prend le sujet au sérieux. »
Pour tenter de combler ce retard, le RN a annoncé la création d'un « groupe de travail sur l'écologie » piloté par le député européen Hervé Juvin. Mais cette initiative est accueillie avec scepticisme, y compris en interne. « On n'a pas les compétences, on n'a pas les experts, on n'a pas les idées », résume un élu local. « On va encore une fois faire du bricolage. »
En attendant, les incendies continuent de ravager le sud de la France, et le RN reste sans réponse claire. Le parti devra désormais choisir entre une ligne climatosceptique assumée et une conversion écologique de façade, mais dans les deux cas, il risque de décevoir une partie de son électorat.



