Retour à la vie normale des maires battus aux municipales dans les Yvelines
Maires battus dans les Yvelines : le difficile retour à la normale

Ils étaient prévenus, savaient que leur poste ne promettait guère de longévité, qu'ils seraient vite oubliés, que leur mandat ressemblait à un long CDD. Pourtant, le réveil est brutal. Plus d'un mois après les élections municipales, de nombreux ex-maires peinent à retrouver leur quotidien d'avant, la routine linéaire des journées sans surprises qui contraste avec les heures trépidantes de leur mandat.

Des défaites parfois mal vécues

À l'ennui qui parfois guette s'ajoute la défaite, forcément injuste, vécue dans la solitude. « Merci pour votre appel mais je n'ai pas envie de parler, confie une ancienne maire des Yvelines. J'ai envie d'être tranquille, je ne veux plus être médiatisée, j'ai vraiment besoin de faire redescendre la pression. » Un autre a coupé son téléphone, victime, selon ses proches, « d'une petite dépression » : « Il n'a pas compris ce qui lui arrivait. Il s'est tant sacrifié pour sa ville qu'il se sent victime d'une injustice. »

Jean-Marc Pommier (divers gauche), qui a dirigé Bonnières-sur-Seine pendant trente-et-un ans, ne répond plus, lui qui était autrefois si disponible. « Il a très mal vécu sa défaite. Le dimanche soir, il a refusé de signer les listes d'émargement », raconte un témoin.

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Un vide à combler

Pour d'autres, un vide se fait ressentir, qu'il faut combler avec des activités plus agréables. « Si je m'ennuie ? Non pas vraiment, sourit Frédéric Heyblom (sans étiquette), ex de Guernes, près de Mantes-la-Jolie. Je retrouve du temps pour moi, je fais des travaux à la maison, je m'occupe de mes chevaux. Être maire n'a jamais été un objectif de carrière donc je vis très bien sans. »

La fonction lui manque, sans aucun doute. Pour preuve, il a déposé un recours après avoir perdu à une voix près. Mais tous les à-côtés envahissants, cette disponibilité de tous les instants, ces responsabilités qui pèsent en permanence, toutes ces contraintes envolées garantissent de meilleures nuits.

« Je dors mieux, c'est certain »

« Je dors mieux, c'est certain. Je ne suis plus réveillé par le téléphone à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. Et surtout, je ne suis plus cerné par les charges. Nous avons une responsabilité pénale sur pas mal de sujets et c'est assez stressant. »

Quand ils s'épanchent, ces anciens maires, qui ont sacrifié leur vie privée pendant six ans ou plus, confient souvent leur déception face à l'ingratitude des administrés, leur consumérisme politique, leur exigence d'instantané. Survient aussi la « révélation » que seul le recul permet d'éprouver : ce « métier » dévore ses enfants.

« La réaction de ma famille et de tous mes proches au lendemain de ma défaite, quand ils se sont réjouis à l'idée de pouvoir me voir plus, m'a fait prendre conscience que j'étais dans un tunnel », se souvient Bertrand Houillon (divers gauche).

Il a œuvré aux affaires de Magny-les-Hameaux, 10 000 habitants, durant quatorze ans. « Les gens ne se rendent pas compte de la charge de travail d'un maire ou d'un élu local, souligne-t-il. Il n'y a pas de journée où je finissais avant 22 heures. Même si j'ai pu compter sur mon équipe et le personnel municipal, ça fait du bien de ne plus avoir cette charge mentale. »

Une nouvelle vie en « décalage »

Chez lui, le retour à la « vie normale » s'est fait naturellement, sans accroc, sans nostalgie. Son mandat électoral terminé, celui qui est directeur de la communication à la fédération française de cyclotourisme, s'est lancé avec bonheur sur les chemins de Compostelle.

Le silence a succédé à la fureur et au bruit, la marche à la course et la contemplation au sprint incessant. « Je suis parti seulement une semaine mais j'ai l'impression qu'il s'est écoulé un mois. » Geste impensable il y a encore deux mois, Bertrand Houillon s'est même autorisé à… éteindre son téléphone !

Ghislaine Haueter, élue (sans étiquette) de Freneuse entre 2020 et 2026, retrouve, elle, le goût des choses simples : le bénévolat, le sport, le plaisir de croiser ses enfants le week-end. Son mandat est loin et la sexagénaire ne regrette rien du passé.

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« La stimulation intellectuelle me manque un peu. Quand on est maire, on a le cerveau allumé 24 heures/24 et c'est vrai que le décalage est assez frappant, admet-elle quand on insiste. Mais à part ça, je vis parfaitement cette transition, Je suis tellement contente d'avoir coupé avec le microcosme politique. L'ingérence de certains barons locaux m'a écœurée. J'ai été victime de mensonges et de délation pendant la campagne. Et personne ne m'a aidée. Ça n'a pas été très beau. Alors la politique, plus jamais ! »