Lecornu saisit le Conseil constitutionnel sur la loi sur l'aide à mourir
Lecornu saisit le Conseil constitutionnel sur l'aide à mourir

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé ce mercredi qu'il saisira le Conseil constitutionnel pour examiner la loi créant un « droit à l'aide à mourir » en France, dont le vote final est attendu aujourd'hui à l'Assemblée nationale. Dans un communiqué, Matignon justifie cette saisine par la nécessité de garantir « le plein respect des principes que notre Constitution garantit et, en particulier, de la dignité humaine ».

Un parcours parlementaire contrasté

Le texte, qui instaure un droit à l'aide à mourir sous strictes conditions (euthanasie et suicide assisté), a connu un parcours parlementaire mouvementé. Il a été adopté à quatre reprises par les députés avec une large majorité, bien que celle-ci se soit amenuisée au fil des votes. En revanche, le Sénat, dominé par la droite et le centre, l'a rejeté à trois reprises. Le gouvernement a finalement donné le dernier mot à l'Assemblée, comme le permet la Constitution.

Selon Matignon, « des débats approfondis ont eu lieu à l'Assemblée nationale sur cette proposition, néanmoins, le débat au Sénat n'a pas permis un examen aussi approfondi pour permettre d'aboutir à un texte de loi répondant autant aux aspirations de ses défenseurs qu'aux préoccupations de ceux qui s'inquiètent de sa mise en œuvre ».

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Les points contestés soumis aux Sages

La saisine de Sébastien Lecornu, réputé réservé sur cette loi, portera sur plusieurs aspects précis. Le premier concerne le « délai de rétractation » : selon le texte, le malade dispose d'« un délai de réflexion d'au moins deux jours » pour confirmer sa demande après la décision du médecin, elle-même prise dans les quinze jours suivant la demande initiale. Matignon interroge le Conseil sur le « respect, par la longueur du délai de rétractation […] des principes de liberté personnelle et de dignité humaine ». Les opposants jugent ce délai trop court.

Le deuxième point vise « les dispositions relatives à la situation des majeurs protégés », c'est-à-dire leur capacité à exprimer un consentement libre et éclairé, ainsi que le rôle des personnes légalement chargées de les protéger dans la procédure. Enfin, la saisine portera sur « l'articulation entre les dispositions sur la clause de conscience » – qui permet aux médecins et infirmiers de refuser de pratiquer l'aide à mourir – et « l'existence de projets d'établissements de santé ou médico-sociaux qui ont pour raison d'être d'accompagner les malades en fin de vie » mais « qui excluent le recours à l'aide à mourir ».

Réactions politiques

Le sénateur LR Francis Szpiner, hostile à la réforme, a qualifié cette saisine d'« aveu » de la part de Sébastien Lecornu, estimant que le texte, « profondément déséquilibré », serait « le plus permissif au monde ». Le président LR du Sénat, Gérard Larcher, s'est également engagé la semaine dernière à saisir le Conseil constitutionnel, regrettant que l'exécutif n'ait « pas pris en compte nos alertes » ni les « garde-fous » proposés par la Haute Assemblée.

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